Le cerisier: Une culture de zones d’altitude

Eléments de la conduite technique

Choix du terrain

Les sols à forte rétention en eau, où les risques d’asphyxie existent, et les bas fonds sont à éviter. En terrain plat, à forte hydromorphie (comme dans certaines régions d’Aïn Leuh), l’aménagement de drains est indispensable pour le ressuyage du sol et la réduction des risques de dépérissement des arbres. Cette opération doit être combinée avec l’utilisation du porte-greffe Saint Lucie 64, tolérant à l’hydromorphie.

Densité de plantation

L’arbre du cerisier, à croissance acrotone et rythmique, est exigent en lumière pour fructifier normalement. L’éclairement influe sur la croissance des rameaux, l’induction florale et la longévité des bouquets de mai. Les densités de plantation varient selon la nature du porte-greffe et la forme de conduite. Pour une forme en gobelet avec un porte-greffe vigoureux (SL 64) des densités de 6 x 5 (333 arbres/ha) à 6 x 4 m (416 arbres/ha) sont à respecter pour assurer une longévité correcte des arbres.

Variétés et associations à pratiquer

Compte tenu de la demande du marché local (fruit ferme, sucré et de gros calibre (>7g)), la gamme usuelle constituée des variétés Bigareau Burlat, B. Van et B. Hedelfingen peut être élargie aux variétés Noire de Meched, Guillaume et aux variétés auto-fertiles Summit, Sunburst et Sweetheart. Le cultivar B. Napoléon, utilisé en tant que pollinisateur, est à substituer par d’autres de meilleures caractéristiques pomologiques des fruits: Guillaume et Hedelfingen.

Pour optimiser la pollinisation, un dispositif d’une rangée sur deux ou un autre avec des pollinisateurs complémentaires est recommandé. Pour les variétés autocompatibles, l’association de pollinisateur n’est pas nécessaire, mais reste souhaitable. Des ruchers d’abeilles (4 à 5 /ha) sont à placer aussi dans le verger dès l’ouverture des premières fleurs.

Taille des arbres

Le gobelet est une forme de conduite adaptée à tous les niveaux de vigueur. Le contrôle rapide de la hauteur des arbres se fait par des ouvertures de la frondaison.

  • 1ère année: rabattage du scion à 50-60 cm à la plantation.
  • 2ème année: choix de 4 à 6 charpentières avec leur rabattage à 1/2 – 2/3 de leur longueur.
  • 3ème année: pincements des verticilles, rabattage des charpentières et élimination des rameaux de l’intérieur.
  • 4ème année: élagage qui consiste à éliminer le bois mal placé.

La taille de fructification se limite à des élagages et à la taille des verticilles pour préserver l’allongement de la branche terminale et favoriser l’aération des arbres.

Fumure minérale

La fumure de fond est destinée à corriger les déficiences du sol, décelées par les analyses physico-chimiques, et permettra à l’arbre de trouver des condition favorables à son alimentation. Des quantités de l’ordre de 150 à 200 unités de potasse et de 100 à 150 unités de phosphore sont à prévoir avant l’implantation du verger.

La fumure d’entretien (phospo-potassique) annuelle à apporter dépend de la richesse du sol, et de l’âge des arbres. Compte tenu des besoins élevés en potasse de cette espèce, les quantités à apporter peuvent se situer dans la fourchette 80-120 unités et pour le phosphore de 60 à 80 unités.

La fumure azotée doit tenir compte également des niveaux de la matière organique et peut varier de 30 à 80 unités, selon l’âge des arbres. Cet élément peut être fractionné en 3 apports: ¼ avant débourrement, ½ au stade nouaison et ¼ après la récolte pour reconstituer les réserves. Ces doses sont des ordres de grandeur et peuvent varier selon les analyses du sol et du végétal.

Principaux ennemis

Le cerisier est sujet à des attaques de plusieurs maladies et ravageurs. Une attention particulière doit être donnée aux maladies du sol (Armillaria), au dépérissement bactérien et aux attaques du capnode. La moniliose, le coryneum, les pucerons et les acariens sont également fréquents sur la culture. Des traitements préventifs et curatifs sont à envisager et à adapter à chaque situation de culture à l’aide de conseils de techniciens spécialisés.

Dr Ahmed OUKABLI

INRA, Unité de Recherche Amélioration des Plantes et Conservation des Ressources Phyto-génétiques, Centre Régional de Meknès 

Références
OUKABLI A. et A. MAHHOU, 1997. Abondance des bouquets de mai et induction florale chez le cerisier, Prunus avium L. en climat marocain à hiver doux. Fruits, 52:47-51.
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OUKABLI, A. MAMOUNI, A. et M. LAGHEZALI, 2001. Contribution à l’étude des causes histologiques du manque de fructification chez le cerisier doux (Prunus avium L.) conduit en zone de moyenne altitude. Al-Awamia 104: 33-38
OUKABLI A., M. LAGHEZALI et A. MAMOUNI 1999. Etude sur les possibilités d’introduction de nouvelles variétés de cerisier et de pommier dans la zone du périmètre de mise en valeur en bour d’Aïn Leuh (DPA, Ifrane). Marché 1/97, INRA DERD, rapport final 70p.
LAGHEZALI M.; MAMOUNI A.; OUKABLI A. et HADIDDOU A. 1994. Regard sur la recherche Fruitière (Document interne INRA).
OUKABLI A et MAHHOU, A. 2004. Dormancy of sweet cherry under warm climate: biological and anatomical approaches. J. Hort. Sci. and Biotechn.