Fertigation de la tomate hors sol dans la région de Douiet (Maroc)

Conduite de la fertigation de la tomate

Équilibres de base

Faute d’expérience au départ, la fertigation de la tomate a été conduite en reproduisant la méthode Coïc-Lesaint, exactement comme elle a été décrite dans le contexte européen pour les plantes neutrophiles. Ce n’est qu’après un recul de 4 ou 5 ans, qu’il a été possible de commencer à lui apporter des modifications sensibles, afin de l’adapter aux conditions spécifiques de Douiet (Tableau 1) (voir fichier PDF).

Hormis les 3 semaines du semis/plantation, où le plant vit sur les réserves de la tourbe, la concentration azotée finale retenue à Douiet, pour une tomate destinée à l’export, est de 12.15 meq/L de l’élevage à la floraison du 2ème bouquet (El-f2), 13.43 meq/L de la floraison du 2ème bouquet à la floraison du 6ème bouquet (F2-F6), 12.51 meq/L de la floraison du 6ème bouquet à la récolte du 2ème bouquet et enfin 12.98 meq/L de ce dernier stade à la récolte du dernier bouquet.

La part de l’ammonium, dans le but de stabiliser le pH, est de 9 à 11 % selon les stades.

L’équilibre K/(Ca+Mg) est également fonction du stade végétatif. Plus faible au départ, il est ensuite revu à la hausse à chaque stade de référence pour atteindre une valeur de 0.86 à la récolte du 2ème bouquet, où il sera ensuite maintenu constant jusqu’à la fin du cycle.

A Douiet, bien qu’aucune carence en phosphore n’a jamais été notée sur la culture, la concentration en P adoptée est sensiblement plus confortable que la teneur recommandée par la version d’origine Coïc-Lesaint, soit 1.1 meq de H2PO4- ou 2.2 meq de HPO4–. Enfin pour les sulfates, les concentrations adoptées sont plutôt voisines de celles proposées par la variante rapportée par Jeannequin [1985], qui tolère jusqu’à 6 meq/L contre 1.5 meq/L pour Verdure.

En ce qui concerne les oligo-éléments, les concentrations adoptées ont été également portées au double des doses conventionnelles, ce qui donne 1.2 mg/L pour Fe, 1mg/L pour Mn et pour Zn, 0.50 mg/L pour B, 0.12 pour Cu et 0.05 pour Mo.

Méthode de calcul des solutions

Comme dans tout système de ce genre, la solution nutritive est calculée en tenant compte de l’eau d’arrosage utilisée (Tab. 2). Avec une conductivité électrique de 0.65 mmhos/cm, l’eau de Douiet est d’une très bonne qualité chimique.

Une solution nutritive peut être obtenue par différentes combinaisons d’acides et d’engrais. Pour ramener le pH de 7.4 à 5.8 (valeur de référence pour la tomate), en neutralisant les bicarbonates (soit 4.70 meq/L), il faut un mélange de 2.17 meq/L d’acide sulfurique (d =1.83), 1.05 meq d’acide nitrique (d =1.41), et 0.69 meq d’acide phosphorique (d = 1.70).

La colonne n°7 du tableau 2 (voir fichier PDF) donne la quantité de nitrate de calcium Ca(NO3)2, de nitrate de potasse KNO3 et d’ammonitrate, nécessaire pour apporter les 12.04 meq/L de nitrates, compte tenu de l’équilibre NH4/NO3 et K/(Ca+Mg).

L’ammonium étant apporté en partie par le phosphate mono-ammonique MAP (qui apporte en même temps le complément de P) et en partie par l’ammonitrate NH4NO3, et le complément de magnésium en utilisant du sulfate de magnésium MgSO4.

Acides et engrais utilisés

Au Maroc, il y a tout ce qu’il faut sur le marché comme acides et engrais pour préparer n’importe quel type de solution (acide nitrique, acide phosphorique, acide sulfurique, MAP, DAP, ammonitrate, sulfate d’ammoniaque, sulfate de magnésie, nitrate de magnésie, sulfate de zinc, sulfate de manganèse, sulfate de cuivre, fer sous forme EDTA, DTPA, H-EDTA, EDDHA,…). Par conséquent, plusieurs produits et préparations ont été testés (solution à base d’un seul acide et de mélange de plusieurs engrais, mélange d’acides + mélange d’engrais, engrais d’importation solides prêts pour l’emploi,…).

Avec l’apparition sur le marché du sulfate de potasse “Qualité A” (propre et très soluble), durant les années 1993 à 1995 en particulier, l’effort a porté surtout sur la réduction du taux de KNO3 au profit du sulfate, en montant parfois jusqu’à 6 meq/L de SO4– total dans la solution. En 1992, il y a eu importation directe d’engrais pulvérulent prêt pour l’emploi sur tomate, mais le résultat a été plutôt décevant, malgré le strict respect des prescriptions du fabricant. D’une part, la solution donnait du feuillage de couleur pâle témoignant d’une insuffisance azotée, d’autre part, pour obtenir une EC correcte au départ, il a fallu multiplier la concentration par un facteur de 3 et par conséquent le prix de revient de la solution. Si bien qu’on a été obligé d’en interrompre le programme et de revenir aux produits simples, avant même d’avoir consommé le premier lot importé.

Finalement, le seul cocktail offrant le double avantage à la fois du prix et de la facilité d’emploi, est celui préparé à partir de mélanges d’acides à dominante acide sulfurique (tab. 2) et de mélanges d’engrais divers à dominante nitrate de calcium et nitrate de potasse. L’ammonitrate, le MAP, le sulfate de magnésie, ne sont en général utilisés que comme appoints dans un souci de respect de l’équilibre choisi.

D’une manière générale, les oligo-éléments sont apportés sous forme de sulfates pour le manganèse, le zinc, le cuivre, de Fe-DTPA ou H-EDTA pour le fer (EDDHA durant les premières années), de pentaborate de soude pour le bore et de molybdate pour le molybdène.

Préparation des solutions-mères

C’est le niveau de concentration adopté (lui même fonction du taux d’injection) et l’autonomie recherchée, qui fixent la quantité de solution-mère à préparer, et par conséquent le volume des cuves de mélange correspondant.

A Douiet, le taux d’injection pour la tomate est maintenu constant et égal à 5 ‰ durant tout le cycle de la culture (3 ‰ pour le pêcher, melon et autres légumes). L’ajustement des besoins en fonction des stades est obtenu en augmentant la fréquence d’injection des solutions et non par une modification de la concentration de celles-ci dans l’eau d’arrosage.

Le renouvellement de la solution a en général lieu tous les 10/12 jours, selon le nombre d’ha dominés par chaque station. L’expérience a montré qu’un plus long séjour se traduit par une perte de solubilité des produits (dépôt de fond de cuve) en fin d’utilisation, en particulier par temps froids.

Les stations de fertigation sont constituées de batteries de bacs noirs en PVC de 2 x 5000L, dont l’un est affecté à la solution A et l’autre à la solution B, en plus d’une cuve d’acide pour la rectification continue du pH. L’injection est assurée par des pompes doseuses de type électrique double corps au début, hydraulique mono-corps par la suite.

Le tableau 3 (voir fichier PDF) donne les quantités d’acides et d’engrais nécessaires pour préparer une tonne de solution-mère pour la phase de culture F2-F6, en tenant compte du poids de l’équivalent de chaque produit et du taux d’injection.

Les précautions d’usage, pour obtenir une solution efficace et garantir en même temps la sécurité aussi bien des personnes que des installations, sont les mêmes que celles utilisées en hors sol partout ailleurs:

  • Calcul juste des concentrations à partir des produits choisis;
  • Respect impératif du coefficient de conversion de la solution fille en solution mère (ici K = 200 fois);
  • Utilisation de deux bacs séparés afin d’éviter les précipités et les pertes de solubilité par contact en milieu concentré, entre le calcium d’une part, les sulfates et les phosphates d’autre part;
  • Répartition du KNO3 moitié/moitié entre les deux bacs A et B;
  • Affectation du fer chélaté à la cuve B pour éviter sa précipitation;
  • Toujours verser l’eau la première puis l’acide ensuite;
  • S’assurer du réglage des injecteurs et en vérifier régulièrement le fonctionnement.