Conception et évaluation d’un prototype de pulvérisateur agricole motorisé et roulant

Performances du prototype

Le prototype développé actuellement est le prototype n°2. Le prototype n°1 a subi des tests au laboratoire sur l’étanchéité du circuit hydraulique et la réponse des vannes de distribution au changement de pression et de débit de service disponible à l’amont de la rampe.

Par ailleurs, les tests au champ ont permis de soulever quelques défaillances techniques de confection et de dimensionnement (soudure, vibrations, fixation du moteur, orientation du pot d’échappement, position de la rampe, stabilité de support de la rampe, roue de rayon petit, longueur et inclinaison du guidon…etc).

Après la correction des défaillances remarquées, et des changements au niveau du châssis, du support de la rampe, et de la roue, et après une série de tests et d’ajustements, le prototype n°2 est devenu facile à manipuler par l’opérateur et apte à la réalisation de traitements au champ.

Évaluation du prototype pour le désherbage des céréales

Cette étude d’évaluation a été entreprise en collaboration avec Dr. Abbès Tanji, Malherbologiste au CRRA de Settat. L’objectif est d’évaluer sur deux champs de blé, l’efficacité de cinq traitements herbicides effectués à l’aide de ce prototype de pulvérisateur avec des buses à jet plat donnant des débits différents. Deux essais ont été conduits dans la province de Settat en 2002-03.

Essai I

Le premier essai a été conduit au domaine expérimental de Jemaa Riah (30 km au nord-est de Settat). Le sol est de type sablo-limoneux (hamri) composé de 30 % de limon, 60 % de sable et 10 % d’argile. Le pH est de 6,6. Le semis au semoir a eu lieu le 18 novembre 2002 à la dose de 150 kg/ha de blé tendre «variété Arrihane».

L’espacement entre les lignes a été de 15 cm. Un apport d’urée 46% de 50 kg/ha a eu lieu en mi-janvier. Les traitements herbicides ont été effectués le 4 février 2003 avec le 2,4D ester de butyl glycol à la dose de 480 g/ha, en utilisant le pulvérisateur à moteur équipé de différentes séries de buses à jet plat et donnant des volumes variant de 143 à 365 L/ha à la pression de 2,5 bars (Tableau 1)(voir fichier pdf).

La taille des parcelles élémentaires a été de 20mx4m, réparties en blocs aléatoires complets à 4 répétitions. Le souci d’Algérie (Calendula stellata) a été l’espèce la plus dominante dans l’essai.

Essai II

Un essai similaire a été réalisé chez un agriculteur à Ain Nzagh (10 km au sud de Settat). Le sol est de type argileux limoneux (tirs) composé de 33% d’argile, 50% de limon et 17% de sable. Le pH est de 8.3. Le semis a eu lieu le 8 décembre 2002 à la volée après un labour au «cover crop». La dose de semis est de 200 kg/ha de blé dur «variété Karim».

Une quantité de 150 kg/ha d’engrais (14-28-14) a été épandue avant le recouvrement des semences au cover crop. Un apport d’urée 46% de 50 kg/ha a eu lieu en fin janvier. Les traitements herbicides ont été effectués le 1 mars 2003 avec le 2,4-D ester de butyl glycol à la dose de 480 g/ha. Le chrysanthème à couronnes (chrysanthemum coronarium) a été l’espèce la plus dominante dans le champ, en utilisant le pulvérisateur à moteur équipé de différentes séries de buses à jet plat et donnant des volumes variant de 117 à 356 L/ha à la pression de 2 bars (tableau 1).

Dans les deux sites, l’échantillonnage des adventices a eu lieu 30 jours après les traitements sur deux placettes de 0,5 m2 au milieu de chaque parcelle. La partie aérienne des plantes adventices dicotylédones a été desséchée à l’étuve à 75 °C pendant 3 jours et pesée. Les poids secs obtenus ont été comparés à un témoin non traité afin de calculer le taux de réduction. Les données ont fait l’objet de l’analyse de la variance et les moyennes ont été comparées avec le test de la plus petite différence significative (PPDS).

Résultats

Dans les deux sites, aucune différence significative entre les poids secs des adventices dicotylédones annuelles n’a été détectée entre les différentes buses testées (Tableau 1). Les niveaux d’efficacité ont varié entre 62% et 83% dans l’essai de Jemaa Riah et entre 46 et 64% dans celui de Ain Nzagh. Le souci d’Algérie, espèce prédominante dans l’essai de Jemaa Riah, a été relativement plus sensible au stade floraison que le chrysanthème à couronne qui a prédominé dans l’essai d’Ain Nzagh. Ces efficacités sont comparables à celles rapportées dans une étude concernant 40 essais de désherbage du blé avec le même herbicide et la même dose dans la province de Settat.

Cette étude a montré la possibilité de réduire le volume de bouillie à 143 L/ha dans l’essai de Jemaa Riah et à 117 L/ha dans l’essai d’Ain Nzagh. Ces volumes réduits ont été obtenus en utilisant des buses de petit calibre Teejet 8001S (angle: 80°, débit: 0,43 L/min, pression: 2 bars).

Les buses «Albuz» jaunes (angle: 80°, débit: 0,56 L/min, pression: 2 bars) ont donné la même efficacité de 62% dans les deux sites avec des volumes de 209 L/ha dans l’essai de Jemaa Riah et 150 L/ha dans l’essai d’Ain Nzagh. En utilisant ces mêmes buses, d’autres études ont trouvé des efficacités satisfaisantes avec le volume de 123 L/ha pour faire les traitements avec imazaméthabenz et fluazifop-p-butyl dans une culture de tournesol dans la région de Meknès.

Ce nouveau pulvérisateur présente l’avantage d’économiser l’eau, sachant que c’est un facteur limitant au Maroc et particulièrement dans les régions pluviales. En effet, des volumes entre 100 et 200 litres/ha ont été suffisants pour obtenir des efficacités comparables à celles obtenues avec des volumes variant entre 200 et 400 litres/ha. La présence d’une source de pression suffisante a assuré une fragmentation adéquate du liquide en gouttelettes fines et une répartition homogène de la bouillie, ce qui n’est pas le cas avec l’utilisation d’un pulvérisateur à dos. Ce matériel a également l’avantage d’économiser le temps réservé à l’opération de traitement et au remplissage de la cuve. En effet, si l’opérateur marche à pas réguliers à la vitesse de 1 m/s, le temps réel nécessaire pour faire un traitement herbicide sera d’environ 40 minutes, durant lesquelles le moteur consommera 1 litre d’essence. Le temps de remplissage sera également réduit puisque 4 à 7 cuves de 30 litres seraient suffisantes pour traiter un hectare.

Conclusion

En conclusion, ce nouveau pulvérisateur peut considérablement contribuer à la réalisation des traitements herbicides sur de petites et moyennes superficies de céréales en utilisant des volumes de bouillie réduits. Un travail d’amélioration des performances est en cours afin d’évaluer ce matériel pour réaliser les traitements insecticides et fongicides sur différentes cultures. Le coût de la machine a été évalué à 2500 Dh. Des discussions avec un industriel sont en cours pour la fabrication en série du prototype. Par ailleurs, une version automotrice du prototype, avec une capacité double de la cuve (60 litres), sera développée afin de réduire davantage le temps de travail et de remplissage.

Abdellah El Aissaoui,
Ali Ait ounejjar, Oussama El gharras, Abbès Tanji, Abdrahmane Krimi et Khalid Cherkaoui
Laboratoire de Machinisme Agricole
Centre Régional de la Recherche Agronomique de Settat