Les Petits Fruits au Maroc: Importance, Exigences et Techniques de Culture

Irrigation et besoin en eau

Les plantations commerciales de myrtillier nécessitent une irrigation toute l’année, sauf dans les régions pluvieuses. Les besoins en eau sont estimés à 15 à 20 m3/ha/jour avec des pics qui peuvent atteindre 80 m3/ha/jour en période estivale. Pour le framboisier et le mûrier, les besoins sont de 2,5 à 3,8 cm par semaine, de la floraison jusqu’à la récolte et de 3,8 cm par semaine pendant le grossissement du fruit.

L’irrigation peut être faite à la raie mais le système les plus utilisé est le goutte-à-goutte pour des raisons d’économie d’eau mais aussi d’efficience et de nutrition. Pendant les deux premières années, une seule ligne de goutteurs, placée au milieu du billon est suffisante, mais à partir de la deuxième année, le système doit être renforcé par une seconde ligne de goutteur avec un emplacement sur les cotés du billon afin d’assurer une bonne humidification de tout le billon.

La qualité de l’eau est un facteur critique pour le myrtillier. Les recommandations pour les plantations californiennes concernant le pH, la conductivité électrique, les concentrations de calcium, de magnésium et de sodium, ainsi que celles des carbonates, des bicarbonates, du chlore, du bore et des sulfates sont présentés dans le tableau 3 (voir fichier PDF).

Un pH alcalin indique un excès de bicarbonates ce qui nécessite une acidification de l’eau et une bonne surveillance lors des irrigations. La meilleure CE pour l’eau d’irrigation des myrtilliers se situe en dessous de 0,25 dS/m. A des seuils supérieurs à 1,5 dS/m, la croissance des plantes est réduite. Les bicarbonates peuvent constituer un problème potentiel pour l’obturation des canaux mais le problème est facilement résolu par l’injection d’acide.

Pour une meilleure gestion de l’irrigation, il est recommandé d’assurer le pilotage à l’aide de tensiomètres qui sont placés à des emplacements représentatifs au niveau de la parcelle et à une profondeur de 20 cm. L’irrigation doit commencer lorsque les tensiomètres affichent une tension de l’eau du sol de l’ordre de 10 à 15 centibar (cb). Le degré d’humidité du sol peut être estimé par simple pression sur une boule de terre. On estime qu’il y a besoin d’irrigation lorsque la boule de terre s’effrite dans la main et qu’elle n’arrive pas à se tenir compacte.

Les myrtilliers sont particulièrement sensibles au stress hydrique pendant la floraison et la nouaison des fruits.

Fertilisation

Le programme de fertilisation doit commencer par une analyse du sol avant la plantation, une opération qui doit être répétée tout les 3 à 4 ans. Il est également important de connaître l’historique de la parcelle afin de déceler le besoin d’amendement correctif. En général, la nutrition minérale et organique du myrtillier peut être satisfaite par les différents types d’engrais disponibles sur le marché. Pour les exigences particulières du myrtillier en matière de pH, il convient d’accorder une attention particulière à la forme des engrais à utiliser:

1. Pour l’azote, il est recommandé d’apporter les engrais sous forme d’ammonium tels que le sulfate d’ammonium et l’urée. Ce type d’engrais permet d’acidifier le sol et par conséquent améliorer l’absorption des éléments nutritifs. En cas de baisse excessive du pH, il faut alterner le sulfate d’ammonium avec l’urée.

2. Pour les sources de magnésium et de calcium, il faut éviter la chaux agricole (calcaire) qui entraîne une augmentation de pH. Le besoin en ces éléments peut être satisfait par le gypse qui fournit le calcium et le sulfate de potasse et de magnésie sans agir sur le pH.

Si après application du soufre, le pH du sol ne descend pas en dessous de 5, il faut prévoir des applications de fer chélaté en pulvérisation foliaire, par arrosage ou par injection dans le système d’irrigation localisé. Cette opération est fortement recommandée durant les premiers mois afin de booster la croissance végétative en attendant que le soufre ait abaissé le pH du sol. Pour une plantation en pleine croissance, la dose recommandée est de 5 kg de fer chélaté par 400 à 800 litres d’eau. On peut également ajouter du soufre en poudre fine autour des plants par arrosage afin d’accélérer l’abaissement du pH du sol.

Pour ce qui est de la fertilisation azotée, elle doit être régulière pendant les premières années (années 1 à 5) avec des applications hebdomadaire, bimensuelle ou mensuelle pendant la période de croissance active des plants. Pour les nouvelles plantations, il faut appliquer 2 à 3 grammes d’azote par plant et par mois. Cela représentera une application d’environ 100 à 150 kg d’azote par hectare et par année ou 9 à 14 kg d’azote par hectare et par mois. Après la troisième année, on doit appliquer 5 à 6 grammes d’azote par plant et par mois.

La plus importante application mensuelle d’azote doit avoir lieu juste après la taille, vers la fin du printemps (juin) et continuer durant les mois chauds d’été et d’automne. Une bonne croissance durant cette période donne naissance aux nouvelles branches qui porteront la production l’année qui suit. Les besoins en azote ont tendance à diminuer durant les mois froids de l’hiver.

Les framboisiers et les mûriers sont fertilisés grâce à la combinaison de 4 moyens: 1) le fumier, 2) les engrais granulés, 3) les engrais liquides à partir du système d’irrigation goutte-à-goutte (fertigation) et 4) la fertilisation foliaire pour les oligo-éléments. Le fumier doit être appliqué à raison de 10-20 tonnes/ha, selon la fertilité du sol. Les fumiers ovins, très riches en azote, doivent être appliqués à raison de 5-10 tonnes par hectare.

Pour une tonne de fumier ovin, on estime à 20% la quantité de N qui sera disponible pour les plantes durant une saison. Dans les plantations bien établies, la matière organique/fumier doit être appliquée sur le rang, immédiatement après la taille. La matière organique et le fumier peuvent être également appliqués dans des ouvertures latérales installées sur les deux côtés du rang.

En plus du fumier, on doit appliquer approximativement 75-100 kg/ha de N aux framboisiers primocane durant chaque cycle de croissance. Les mûriers recevront approximativement 100 kg/ha du N par an. Le phosphore doit être appliqué à raison de 20-30 kg/ha de P par cycle. Le potassium doit être appliqué à raison de 50-60 kg/ha de K par cycle. Il est recommandé de fractionner les apports en deux applications; une première pendant la phase de croissance végétative et une seconde pendant la floraison.

Environ 25% du total recommandé en azote (N), phosphore (P) et potassium (K) ainsi que les oligo-éléments (si nécessaire) peuvent être appliqués pendant la préparation du sol. Le reste (30 à 50 kg/ha de N, 15 à 20 kg/ha de P et 30 à 40 kg/ha) peut être appliqué en fertigation. La majeure partie des besoins en N, P et K doit être appliquée entre la croissance des nouvelles pousses et la floraison.

Les engrais recommandés pour le framboisier et le mûrier sont le nitrate d’ammonium, le sulfate d’ammonium, le nitrate de calcium, l’urée, le nitrate de potassium, et le phosphate d’ammonium. Pour le K, les sources suivantes peut être utilisée: Le chlorure, le sulfate, ou le nitrate de potassium. Néanmoins, le sulfate de potassium et le nitrate de potassium sont préférés au chlorure de potassium, étant donné le risque de toxicité que peut causer ce dernier sur les framboisiers et mûriers.

Les framboisiers et les mûriers ont besoin du phosphore très tôt. Aussi, est il important d’appliquer cet élément au moment de la plantation, ou juste après. Les engrais phosphatés injectés dans le système goutte-à-goutte peuvent interagir avec le calcium des eaux d’irrigation et former une précipitation insoluble, qui pourra boucher les émetteurs. Une bonne gestion peut cependant éviter les problèmes de précipitation. A cette fin, la solution mère doit être acidifiée, soit en la mélangeant avec de l’acide sulfurique, soit en injectant de l’acide sulfurique immédiatement après l’injection.

La fertilisation foliaire doit venir en supplément à la fertilisation conventionnelle ou à la fertigation et seulement pour corriger des éventuelles carences en oligo-éléments (Tableau 4, voir fichier PDF).