Les Petits Fruits au Maroc: Importance, Exigences et Techniques de Culture

Techniques de culture

Exigences édaphiques

Le myrtillier se distingue du framboisier et du mûrier par des exigences particulières en terme de pH du sol. A des pH supérieurs à 5,2; l’absorption du fer est bloquée et les plants manifestent les symptômes typiques de la chlorose ferrique. Le myrtillier développe un système racinaire faible et superficiel, ne tolère ni le mauvais drainage ni le stress hydrique. Pour ce qui du framboisier et du mûrier, il faut surtout craindre la salinité qui ne doit pas dépasser les 800 ppm. Les dégâts de salinité se manifestent sur les feuilles dès que la teneur en sodium et en chlore dépasse respectivement 0,2% et 1,5%.

Les rendements commercialisables diminuent lorsque la CE à la saturation est supérieure 1,2 dS/m. Cette chute est de 10% pour une CE de 1,3 dS/m, 25% à 1,8 dS/m et 50% à 2,3 dS/m (Ces valeurs correspondent à environ 1.300 à 1.500 ppm dans les extraits de pâtes). A une CE dépassant 1,2 dS/m, il est recommandé de procéder à un lessivage exhaustif du sol. Les petits fruits préfèrent les sols légers mais ils peuvent être également cultivés sur des sols lourds pourvu qu’un bon système de drainage soit prévu.

Choix des sites

Les principaux facteurs qu’il convient de prendre en considération dans le choix des sites sont la fertilité du sol, le drainage, la protection contre le vent, l’ensoleillement, la disponibilité en eau, et l’historique de la parcelle. Pour les régions montagneuses froides, comme le Moyen et Haut Atlas, il faut choisir des variétés tardives pour avoir des productions printanières et estivales. Dans ce cas, la production sera destinée exclusivement au marché local ou pour la surgélation.

Pour les régions à hivers doux, ce sont les variétés à faible besoin en froid qu’il faut choisir et c’est le cas des variétés de myrtillier Misty, Shrpblue et Beloxi. Les sites qui offrent une bonne circulation d’air et une bonne exposition au soleil sont fortement recommandés. Les sites ventés doivent être évités car le vent peut causer des dégâts sérieux pour les jeunes plants et pour les plants adultes en phase de fructification. Un sol fertile, bien drainé, riche en matière organique (2-4%) est souhaitable. Le drainage d’eau revêt une importance capitale dans la sélection du site, car les systèmes racinaires du framboisier et du mûrier atteignent une profondeur d’un mètre.

Il est également recommandé d’éviter les sites ayant une couche durcie ou un sous-sol étanche. Les racines du framboisier et du mûrier sont sensibles au manque d’oxygène et aux champignons telluriques.

Préparation du sol

En plus des préparatifs traditionnels du sol (sous soulage, labour, apport de fumier, des engrais de fond etc), il est capital d’accorder une importance particulière au pH du sol, en particulier pour le myrtillier qui se développe très lentement si le pH est supérieur à 5,0.

Pour faire descendre le pH, on peut procéder soit par injection des acides comme l’acide chlorhydrique, l’acide nitrique ou l’acide phosphorique dans les systèmes d’irrigation ce qui est coûteux et risqué, soit appliquer du soufre finement granulé dans le sol, ce soufre sera transformé par les microorganismes du sol et produira de l’acide sulfurique qui contribuera à la baisse du pH. Cette opération doit être réalisée plusieurs semaines avant la plantation. L’application du soufre peut être limitée aux billons afin de réduire les coûts.

La quantité de soufre à ajouter dépend de la valeur du pH et de la texture du sol (Tableau 1, voir fichier PDF). On peut également aider à la correction du pH par l’ajout de la tourbe acide dans les trous de plantation.

Pour le framboisier et le mûrier, le pH du sol doit être de l’ordre de 6,5. Si l’analyse révèle un pH inférieur à ce niveau, il faut appliquer de la chaux calcique (CaCO3) (Tableau 2, voir fichier PDF). Ce cas de figure est celui des sols à texture limoneuse similaires à ceux que l’on trouve au Maroc.

En plus des analyses minérales et des amendements organiques et/ou calciques, il est capital de procéder aussi à une analyse des nématodes. Plusieurs espèces de nématodes ont été associées aux framboisiers. Le nématode des racines est le plus redoutable, il cause des dégâts à partir d’un seuil d’infestation de 500 à 1.000 nématodes par kg de sol sec.

Le myrtillier, comme le framboisier et le mûrier, peut être planté sur un sol plat, s’il est bien drainé ou sur des billons ayant une hauteur d’environ 25 à 30 cm et une largeur de 60 cm si les sols ne sont pas bien drainés. La distance entre les billons doit être de 2,2 à 2,5 m.

Multiplication

Elle se fait par voie végétative pour les trois espèces. On procède soit par bouturage herbacé ou par bouturage ligneux. Les boutures herbacées sont prélevées en début d’été (juin-juillet). La taille idéale de la bouture est de 10 à 15 cm de longueur. Après élimination des feuilles de la base, les boutures sont placées dans un substrat bien drainant (Sable + tourbe) à une profondeur de 5 à 8 cm. Le substrat d’enracinement doit avoir un pH de 4,5 à 5,5. On plante les boutures dans un endroit abrité ayant une bonne ventilation, 40% à 60% d’ombre et un bon système de brumisation.

L’enracinement se fait après 4 à 7 semaines. Les boutures ligneuses sont récoltées sur des tiges ayant le diamètre d’un crayon et qui portent des bourgeons végétatifs. Les bourgeons floraux, s’il y en a, doivent être éliminés. Les rameaux seront coupés en section de 10 à 15 cm. Pour stimuler l’enracinement, il faut enlever 1 à 2 centimètres d’écorce des deux côtés des boutures. Les boutures ligneuses produiront des feuilles et prendront racine en 4 à 5 mois.

Plantation

La première précaution à prendre est de s’assurer que les plants proviennent d’une pépinière agréée et que les plants soient certifiés et exempts de virus.

L’établissement des plantations de myrtillier dans les régions côtières peut être réalisé entre octobre et mi-mars. En dehors de cette période, les risques de dessèchement sont élevés. Il est donc important de prêter une attention particulière au maintien d’une humidité adéquate du sol et à la protection des plants contre le vent. La plantation doit être faite de préférence en billons sauf sur les sols sablonneux. Les billons doivent avoir une largeur de 70 à 120 cm, avec un espacement de 75 cm entre plants et 180 cm entre billons. La pleine productivité est obtenue lorsque les plants atteignent 12 à 18 mois, et développent 2 à 4 branches fructifères ayant une hauteur de 30 à 45 cm.

Les trous de plantations doivent être de 30 x 30 x 30 cm si les plants de myrtilliers sont livrés en plants en motte ayant 15 à 20 cm de hauteur. Il est également recommandé de d’ajouter 2 à 4 kg de tourbe, de compost ou de fumier avant la plantation et de veiller à appliquer une irrigation après la plantation et d’apporter du mulch organique sur une couche de 5 à 8 cm d’épaisseur qu’il faudra renouveler tous les 3 à 4 ans. Il faut veiller à ce que les plants soient plantés au même niveau ou un peu en dessous (1,5 cm) du niveau auquel ils étaient dans le pot ou à la pépinière afin d’éviter l’infection des collets.

Pour le framboisier et le mûrier, les plants peuvent être à racines nues dormants, des boutures de racines, des vitroplants ou des plants en mottes. Les plants dormants à racines nues sont les plus utilisés et ils sont disponibles. Il s’agit de tiges dormantes de première année recépées à environ 15 à 20 cm, avec un système racinaire intact. Elles doivent être plantées, de préférence, en automne (octobre-novembre) et jusqu’au printemps (février-mars).

Les boutures de racines doivent avoir la grosseur d’un crayon entre 10 et 15 cm de large avec une bonne chevelure racinaire, elles sont plus sensibles, moins chères, mais nécessitent plusieurs mois pour se développer en plants vigoureux; elles sont généralement plantées au début du printemps. Les vitroplants sont utilisés surtout comme plants de base dans les pépinières pour produire des stocks exempts de virus. On peut les utiliser pour établir des plantations mais ils sont coûteux.

Les nouvelles plantations de framboisier et de mûrier peuvent être établies à partir des rejets récoltés directement des anciennes plantations et qui sont issues des repousses et drageons prenant naissance à la base de plantes. Les rejets doivent avoir 15 cm de hauteur et un système de racines bien développées. Ils peuvent être récoltés au printemps ou en été, et replantés directement dans une nouvelle parcelle. Ils peuvent aussi être acclimatés pendant une période de plusieurs semaines dans des conteneurs ou sachets plastiques.

Pour le framboisier, la densité de plantation dépend des variétés. Les boutures sont espacées de 30 cm et les lignes de plantation de 3 m. Après la première année de plantation, le framboisier développe plusieurs rejets à la base. En se développant, ces rejets formeront une haie fruitière. Les rejets qui apparaissent en dehors de la haie sur une largeur de 60 cm doivent être éliminés ou transplantés vers un autre site. La densité finale doit être de 8 à 10 tiges par mètre linéaire.

Pour le mûrier, l’espacement recommandé pour les variétés à port dressé (Brazos et Rosbourough) est de 1 m entre plants et 3 m entre lignes. Les variétés rampantes (ou semi-dressées) doivent être plantées à 2-3 m d’écart.