Utilisation du sorgho comme brise vent starter pour de jeunes plantations d’agrumes

Conclusions et recommandations

Au Maroc, il existe des régions très ventées où la mise en place d’un jeune verger est impossible autrement qu’avec un brise- vent au démarrage. Sur des terrains très dégagés et très exposés, celui-ci peut être réalisé soit au moyen du filet synthétique (à condition de bien choisir la maille et d’accepter de payer le prix), soit en utilisant une plante annuelle à croissance rapide et résistante à la verse. Dans la présente expérience, la première de son genre réalisée à notre connaissance au Maroc, avec le sorgho, les résultats obtenus montrent de larges possibilités pour l’utilisation de cette espèce comme brise vent. Elle a été d’ailleurs vulgarisée par la maison ayant fourni la semence, à travers les différentes régions agrumicoles (Souss, Oriental,…) avant même la synthèse des résultats de la présente étude.

Sur le plan agronomique, il y a des précautions à prendre pour réaliser la culture afin d’en optimiser les performances en tant que brise vent. Il faut rechercher à la fois une plante de hauteur dépassant largement celle du jeune plant d’agrumes qu’elle est sensée protéger et conservant un feuillage dense et encore vert à l’arrivée des vents de l’hiver. La variété doit être de type conventionnel et non sensible à la verse. D’une manière générale, il faut éviter les sorghos BMR qui résistent peu à la force du vent. L’expérience réalisée avec des variétés d’origine américaine telles que Dairy Master et Sweeter Honey2 a montré que celles-ci sont très fragiles au niveau des premiers entre nœuds et versent sous l’effet de leur propre poids dés qu’il y a un peu de vent.

Dans la zone de Larache, objet de la présente étude, compte tenu des conditions climatiques, le semis doit être retardé à fin juin/début juillet, mais pas au-delà, afin d’avoir une haie encore verte au moment d’arriver du vent hivernal. Des semis plus tardifs conduisent à des hauteurs insuffisantes par suite du blocage de la croissante par les faibles températures à partir du mois d’octobre. Il faut semer deux lignes jumelées par ligne d’agrumes, avec un écartement entre lignes de 50 cm et un espacement entre graines de 3,5 cm. Le sorgho doit être éloigné de la ligne de plantation d’au moins 1,5 m afin d’éviter les phénomènes de concurrence avec les jeunes plants d’agrumes. Comme toute autre culture, le brise-vent doit être irrigué, fertilisé, et bien entretenu contre les mauvaises herbes et les maladies. Il est en outre renouvelé chaque année, à moins d’utiliser des variétés pérennes.

Le comportement des différents porte-greffes vis-à-vis des effets pervers du vent n’est pas le même. Bigaradier et citrange carrizo semblent beaucoup plus sensibles et leur protection doit être assurée ligne par ligne, sinon le plant réagit par la perte de feuillage (plant à moitié dénudé pour la ligne d’ordre 2 et parfois complètement dénudé pour la ligne d’ordre 3), le noircissement des derniers gourmands formés en automne, un débourrement tardif (retard de 15 à 20 j) et une floraison anormale irrégulière et de type a ou b.

Si on devait raisonner uniquement choix du porte greffe, le plus indiqué pour obtenir un établissement rapide du verger en milieux venté, est incontestablement le volkameriana, en raison de sa résistance remarquable aux effets néfastes du vent: croissance rapide, perte limitée de feuillage, pas de phénomènes de noircissement ou de retard de débourrement, entrée en production précoce, charge en fruits globalement meilleure,…

Mais en agrumiculture, il n’y a pas que les soucis d’établissement rapide du verger, il faudrait aussi tenir compte des impératifs commerciaux liés au calendrier de récolte, au tonnage, à la qualité du produit exporté,… Le volkameriana, ne l’oublions pas, est un porte-greffe qui confère à la variété un comportement plutôt fragile. Le fruit réagit mal en chambre de déverdissage s’il est cueilli trop tôt et se maintient mal sur l’arbre une fois mûr. Autrement dit, le producteur doit tout cueillir dans un délai très court dés que le fruit a atteint sa pleine coloration.

En zone aride comme le Souss, la Tadla ou le Haouz, où il pleut peu, gérer de tels chantiers est dans une certaine limite envisageable, pourvu que l’on dispose d’une main d’œuvre suffisante et d’un marché pour écouler tôt de grands tonnages à de bons prix, sachant qu’en décembre le fruit va encore être concurrencé par les clémentines tardives comme la Nour. Par contre, dans la partie nord du Maroc, il est déraisonnable de vouloir tout planter en volkameriana, particulièrement en cas de grands vergers de 500 ha, comme c’est le cas présent, ne serait-ce justement que pour des impératifs de gestion des chantiers de cueillette. Dans ces zones non seulement la période de récolte (20 décembre à 20 février) est une période pluvieuse avec un nombre de jours de pluie élevé, mais en plus, après chaque pluie, il faut attendre le ressuyage de l’arbre pendant 48 h pour éviter les tâches des manipulations sur le fruit, ce qui réduit davantage le nombre réel de jours disponibles pour la cueillette.

D’après notre expérience un bon ouvrier ne peut cueillir plus de 20 caisses par jour (16 si on attend la disparition de la rosée matinale), soit 400 kg. Autrement dit, même dans l’hypothèse optimiste d’une année sèche et d’une cueillette étalée sur deux mois sans pluie, il faudrait entre 1.000 et 1.250 ouvriers par jour pour cueillir les 25.000 tonnes attendus comme récolte sur un verger de 500ha, en régime de croisière. Finalement, sur le terrain, aucun porte greffe seul ne peut répondre à l’ensemble des exigences d’ordre commercial, agronomique, de gestion … auxquelles est confronté le producteur. Selon la région et l’importance du verger, on recherchera l’assortiment adapté où le volkameriana occupera ou non une meilleure place (par ex. 60 % carrizo, 20 % volkameriana et 20 % autres porte-greffes pour le nord du pays).

Dans cette étude, nous n’avons expérimenté que le sorgho conventionnel comme brise-vent. Mais il va sans dire que d’autres espèces peuvent être utilisées, sous réserve de ne poser aucun problème de conduite ou de concurrence avec les jeunes plants, entre autres la canne à sucre, avec l’avantage supplémentaire d’être pluriannuelle.

Aït Houssa A.(1), Eladnani M.(2), Hsayni M.(2), Maataoui A.(2), Benbella M.(2)

(1) Ferme Mazaria, Larache; (2) Ecole nationale de l’Agriculture de Meknès

Abstract

We proposed sorghum as windbreak starter to protect young citrus groves, until the perennial tree species windbreak reaches a sufficient height. The results obtained on an orchard of 500 ha of planted mandarin Afourer (Nadorcott) in the area of Larache (north-western Morocco) characterized by strong winds (gale to storm on the Beaufort scale), showed that the efficiency of sorghum is best when we used the conventional variety not susceptible to lodging (1), sown in late June in order to have a green dense foliage before the arrival of winter wind occurrence (2). Based on this experience, there should be two twin lines of sorghum for each mandarin row (3), Spacing  between sorghum lines must be 50 cm (4), and 3.5 cm between seeds (5). Sorghum plants must be  located at least 1,5 meter (6) apart from mandarin trees to prevent competition. Sorghum should be irrigated and fertilized separately and protected against weeds and diseases in order to have a height that exceeds by far that of the young citrus trees (7). Sorghum culture must be renewed each year by seeding or by cutting and regrowth in the approach of the next summer (8).