Utilisation du sorgho comme brise vent starter pour de jeunes plantations d’agrumes

Croissance et entretien du sorgho brise-vent

Les essais menés sur cet aspect durant trois ans, montrent que dans la zone de Larache, il faut 90-95 jours par temps chaud (figure 1), et 100-110 j par temps clément, pour que le sorgho atteigne sa hauteur maximale, ce qui correspond à des sommes de températures (∑ θ °C) d’environ 1.150 °C. Un simple compte à rebours, suggère de semer ce brise- vent fin juin/début juillet si l’on veut faire coïncider sa croissance maximale (et plante encore en bon état végétatif), avec l’arrivée des premiers vents forts de fin automne début hiver.

Des semis trop précoces ou trop tardifs conduisent à la formation de rideaux peu efficaces, par perte de feuillage dans le premier cas et faute de hauteur suffisante, à cause du froid et de la photopériode, dans le second. En plantation sur butte, comme c’est le cas ici, le jeune plan est déjà surélevé de 0,50 m par rapport au sol, auxquels il faut ajouter la hauteur du plant de 0,8 m la première année et 1,5 m la deuxième année. Par conséquent, des variétés ou des dates de semis conduisant à des hauteurs finales du rideau de moins de 2,5-3 m ne sont pas intéressantes comme brise-vent.

Comme toute autre culture, le sorgho a besoin d’être irrigué (au moyen d’une ligne de goutteurs) et fertilisé de préférence à part, désherbé, et traité contre certaines maladies spécifiques des zones côtières telles que l’helminthosporiose. Il faut que le sorgho soit suffisamment éloigné de la ligne des jeunes arbres pour éviter la concurrence en particulier pour la lumière. Comme le montre le tableau 1, semé à moins de 1 m, l’effet du brise-vent sur les paramètres de croissance du jeune plant d’agrume est un effet dépressif: réduction significative de la hauteur (-11,5 %), du diamètre du porte greffe (-20,1 %) et du diamètre de la tige principale du jeune plant, mesurée à 10 cm au dessus du porte greffe (-18,6 %).

Vitesse du vent/Efficacité des différents brise-vents

A Larache, les vents fréquents, déterminés d’après la rose du vent base 16 points, lue dans le sens des aiguilles d’une montre, proviennent de directions différentes qui s’étalent depuis le sud-est jusqu’au nord-nord est, selon la période de l’année et le moment de la journée (SSE, S, SSW,…NNE). La force moyenne sur l’échelle de Beaufort varie de force 0 ou désignation «Calme» en plein été à désignation «violente tempête» en plein hiver comme en 2009 (vitesse >80-90 km/h).

Les figures 2 et 3 présentent un extrait des résultats sur le coefficient d’efficacité des divers brise-vents testés dans la présente étude, défini comme étant le coefficient de réduction de la vitesse initiale à l’aval du brise-vent.

E = 1- Vr/Vo où Vo désigne la vitesse initiale et Vr la vitesse résiduelle.

D’une manière générale, tel qu’il a été expérimenté durant trois années successives (2 lignes jumelées de sorgho par ligne d’arbres, hauteur dépassant juste celle du jeune arbre et feuillage encore présent au moment des mesures), l’efficacité du sorgho comme brise-vent tourne autour de 70%. Elle est meilleure à 1 m qu’à 2 m du sol et légèrement influencée par la distance. Comme de nombreux auteurs l’ont déjà fait remarquer depuis longtemps, l’efficacité n’est pas cumulative, même si les lignes se répètent toutes les rangées. Si tel était le cas, on aurait une valeur de l’efficacité E proche de 1 (soit 0,999) et un calme quasi absolu au milieu du verger, au bout de la distance de mesure testée de 170 m, ce qui n’est pas le cas.

D’autre part, avec ce brise-vent de sorgho de hauteur dépassant à peine celle des jeunes arbres d’agrumes qu’il protège, la norme généralement citée dans la littérature, selon laquelle un brise-vent peut protéger jusqu’à 10 ou 20 fois sa hauteur n’est pas valable. Ce raisonnement aurait été peut-être vrai si le sorgho testé était beaucoup plus haut et les cultures protégées des cultures basses telles que la betterave, le melon, voire même le blé.

Dans le domaine de la recherche sur les brise-vents, il a été d’ailleurs établi depuis fort longtemps que l’intensité de protection varie positivement en fonction du rapport z/H où z est la hauteur au dessus du sol à laquelle est mesurée la vitesse du vent. Autrement dit, un brise-vent plus court est plus indiqué pour la culture basse, alors qu’il faut des brise-vents plus hauts pour pouvoir protéger les agrumes et l’arboriculture fruitière. Comme on le verra plus loin, il faut que chaque ligne d’agrumes soit protégée par le sorgho si l’on veut que le brise-vent soit réellement efficace.

C’est derrière le filet synthétique tissé de porosité 70 %, que le plus faible coefficient d’efficacité a été obtenu (30 à 38 %). Des mesures ont également été réalisées à titre indicatif derrière l’acacia qui borde la ferme et derrière vieille ligne d’eucalyptus conservée des vieux brise-vents, au moment des plantations. Les résultats montrent une protection de verger sur une distance d’un peu plus de 90m pour l’acacia haute de 7-8 m et 70 m pour l’eucalyptus haut de 10-12 m (E passe de 78 % à 35 %).