L’Insémination artificielle des bovins: Une biotechnologie au service des éleveurs

L’insémination artificielle au Maroc

Historique

L’insémination artificielle a été introduite depuis de longue date au Maroc. En effet, dès le début des années 50, deux Centres d’Insémination Artificielle ont été créés à Fès et à Tétouan. A cette époque, seule la semence fraîche était utilisée et ce n’est qu’en 1968 que la production et l’utilisation de la semence congelée a commencé au Centre d’Aïn Jemâa (Casablanca) qui était alors transformé en Centre National d’Insémination Artificielle (CRIA). Ce dernier couvrait la région des Doukkala, Tadla, Gharb, Casablanca… et réalisait environ 9.000 IA par an (entre 1969 et 1972).

En 1973, un deuxième CRIA à été créé à Kénitra pour couvrir la zone Nord du pays.

Après une période d’essai concluante, entre 1968 et 1973, et avec le démarrage du plan laitier en 1975, ces initiatives ont été poursuivies par l’extension de l’insémination artificielle aux zones dites à vocation laitière. Des sous-centres régionaux d’IA ont été crées et encadrés par les Services d’Elevage des Directions Provinciales d’Agriculture (DPA) et des Offices Régionaux de Mise en Valeur Agricole (ORMVA).

Ainsi, les CRIA de Kénitra (Fouarat) et Casablanca (Aïn Jemâa) couvrent respectivement la zone située au Nord et au Sud de l’axe Rabat-Errachidia.

L’organisation de l’insémination artificielle est passée par deux grandes phases:

1ère phase (1975 à 1987): c’est la phase de vulgarisation où le programme d’insémination artificielle était axé essentiellement sur des actions de vulgarisation de cette technique dans les zones favorables. Les frais d’intervention étaient pris en charge en totalité par l’Etat, en application de l’article 9 du Décret n° 2-69-314 du 25 juillet 1969 du code des investissements agricoles. Le bilan des réalisations pendant cette période était de 430.880 inséminations, soit en moyenne 33.150 inséminations par an (figure 1, voir fichier PDF).

En pratique, l’insémination artificielle était appliquée directement par les services des DPA et des ORMVA.

2ème phase (à partir de 1988): transfert progressif des frais de l’insémination artificielle aux groupements d’éleveurs. Ce transfert, qui a été essayé avec succès au Gharb avant 1988, a été motivé par la nécessité d’intensification de l’insémination artificielle du cheptel laitier dans les zones favorables (irriguées et bour favorables) eu égard aux exigences et à la spécificité d’intervention en matière d’insémination artificielle à savoir, la ponctualité, la continuité et la rapidité de service.

Ces conditions n’étaient pas réunies dans le contexte administratif ayant marqué la première phase; ce qui se traduit par des niveaux de réalisations faibles.

Le programme de transfert des activités d’insémination artificielle aux groupements d’éleveurs a été mis en place en priorité dans les zones où l’insémination artificielle a été vulgarisée. Il s’est concrétisé avec la création de l’Association Nationale des Eleveurs de Bovins de Races Pures (ANEB) en 1991; qui s’est vu confier comme l’une des missions prioritaires l’intensification de l’insémination artificielle, avec le soutien de l’Etat (soutien en moyens humains et matériels).

Entre 1988 et 1998, Seize (16) coopératives régionales membres de l’ANEB ont pris en charge partiellement les frais d’IA dans leur zone respective (Mouloya, Doukkala, Gharb, Haouz, Souss-Massa, Tadla, Benslimane, Béni Mellal, El Hajeb, Fès, Meknès, Oujda, Rabat-Salé, Settat et Tanger). Ces groupements prennent en charge les frais de fonctionnement de l’insémination artificielle dans leur zone d’intervention (véhicules, carburant, frais de fonctionnement). Les réalisations ont atteint 82% du total en 1998 (figure 1, voir fichier PDF). D’autres coopératives d’éleveurs contribuent également aux frais de l’insémination artificielle (SUPERLAIT, COLAINORD, BONLAIT, ZIZ…).

L’objectif à terme étant le transfert total des frais de l’application de l’insémination artificielle aux éleveurs organisés dans les zones où cette technique a été vulgarisée, en vue de renforcer les actions d’amélioration génétique du cheptel laitier et l’accroissement du niveau des performances. Durant cette 2ème phase (1988-98), 832.200 inséminations ont été réalisées soit en moyenne 76.000 inséminations par an, enregistrant une amélioration de 130 % par an par rapport à la moyenne de la 1ère phase.

Bien que le bilan cumulé d’intervention en matière d’insémination artificielle ait permis de réaliser 1.262.000 opérations depuis 1975, ce bilan a permis de couvrir seulement 4% du total des femelles en reproduction et 15% des femelles laitières reproductrices. Le cheptel amélioré d’origine importée reste faiblement encadré (20,5%), ce qui risquerait d’entraîner un certain rebours génétique de ce cheptel par l’utilisation de reproducteurs d’origine inconnue et de faible valeur génétique.

Mais au-delà de ces résultats techniques, les acquis paraissent nombreux: maîtrise de la technologie de production et de conservation de semences congelées, formation de personnel qualifié (plus de 400 agents inséminateurs ont été formés), sensibilisation des éleveurs aux avantages de l’insémination artificielle et lancement de programmes de testage de reproducteurs avec l’insémination artificielle comme outil essentiel de diffusion du progrès génétique, accès à la génétique mondiale par le recours momentané à l’importation des semences de géniteurs mondialement connus.

Ces acquis augurent d’une meilleure relance de l’insémination artificielle sur de nouvelles bases, tenant compte de la mutation profonde du secteur laitier appelé à devenir de plus en plus performant, et de la naissance d’un secteur organisé à même de participer activement à la réalisation de l’insémination artificielle et au développement des productions animales en général.