Nécessité du désherbage précoce des céréales pour la valorisation des intrants

Efficacité de désherbage précoce

En général, l’utilisation des herbicides ont significativement réduit la biomasse des mauvaises herbes à l’épiaison et à la récolte du blé (Tableau 2, (voir fichier PDF)). Cependant, le désherbage précoce reste le meilleur puisque son efficacité dépasse 98% (Photos 1 et 2, (voir fichier PDF)). Le désherbage tardif a permis une efficacité qui ne dépasse pas 71% dans le meilleur cas. Le désherbage semi-précoce a enregistré une efficacité intermédiaire. Ainsi, une différence d’efficacité oscillant entre 28 et 40% a été observée entre le désherbage précoce et le désherbage tardif (Tableau 2, (voir fichier PDF)).

L’excellente efficacité obtenue avec le désherbage précoce est due essentiellement à la nature des molécules dont est composé l’herbicide antidicots (triasulfuron + terbutryne). Ces deux matières actives sont connues pour leur spectre d’action large et leur persistance dans le sol. D’ailleurs, cette dernière caractéristique a permis de maintenir la culture propre jusqu’à la récolte ce qui permettra d’effectuer la récolte sans entraver le fonctionnement de la moissonneuse-batteuse (photo 3, (voir fichier PDF)) et d’obtenir un produit moins humide et non mélangé avec les semences de mauvaises herbes (photo 4, (voir fichier PDF)). En outre, l’élimination des mauvaises herbes précocement permettra à la culture de profiter de l’eau et des éléments minéraux contenus dans le sol. Ceci aura inéluctablement des répercussions positives sur les performances du blé.

Impact de désherbage précoce sur le blé

Les conditions climatiques, relativement favorables, ont permis à la culture du blé un bon développement et ce, malgré la faiblesse des précipitations enregistrées pendant la phase du remplissage du grain. Ce déficit hydrique a été corrigé en apportant une irrigation d’appoint (66 mm) au début de ce stade.

Dans les parcelles irriguées et non irriguées, le désherbage précoce a donné les meilleurs rendements que le désherbage tardif. Une différence de 12 à 14 qx/ha a été notée entre les désherbages précoce et tardif (Tableau 3, (voir fichier PDF)). Comparativement aux parcelles non désherbées, l’opération de désherbage a permis un gain de rendement de 22 à 54%. Lorsqu’une irrigation d’appoint a été apportée, le rendement grain a été amélioré de 36 à 76% (tableau 3, (voir fichier PDF)). Dans le cas de non contrôle des mauvaises herbes, l’irrigation n’a favorisé que les mauvaises herbes. Ainsi, le rendement du blé irrigué a été réduit de 1,2 qx/ha par rapport au blé non irrigué.

De même, les pertes de rendement causées par les mauvaises herbes sont respectivement de 35 et 43,2% pour le blé en bour et en irrigué comparativement au désherbage précoce. Ces niveaux de pertes confirment l’importance économique et agronomique des mauvaises herbes dans les céréales d’automne au Maroc. De même, ils démontrent une fois de plus l’impact du désherbage sur la croissance et le développement de la culture. Plus l’opération de désherbage est précoce, plus la culture profite tôt de l’eau et des éléments du sol et l’agriculteur valorise mieux les intrants apportés (semences sélectionnées, engrais, irrigation, pesticides…).

La précocité du désherbage n’est pas suffisante pour arriver à cet objectif, mais il faut utiliser les molé- cules les plus efficaces. D’ailleurs, une régression linéaire a été trouvée entre la biomasse des adventices au stade épiaison et le rendement (y (qx/ha) = 55,25-0,11x (g/m²)), avec un coefficient de détermination de 0,8.

Bien que le 2,4D (désherbage tardif) accuse la deuxième biomasse des mauvaises herbes après le traitement non désherbé, il reste quand même meilleur que le non contrôle des adventices. Parfois, l’utilisation de 2,4D donne des résultats meilleurs que le désherbage manuel. D’ailleurs, une enquête dans la Chaouia a permis de démontrer que le désherbage manuel pratiqué par les agriculteurs accuse une perte de rendement de 16% comparativement au 2,4D.

M. BOUHACHE (1), S.B RZOZI(2) A. TALEB (1) et M. SAKHI (2)

(1)Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II
(2)MADREF/Direction de la Production Végétale