La betterave à sucre monogerme

Stratégie pour le développement de la betterave monogerme

Il existe au moins deux contraintes majeures qui doivent nous inciter à réfléchir et développer des techniques appropriées pour mécaniser la culture de la betterave. Ces contraintes peuvent devenir de véritables freins au développement et à la réussite de cette spéculation dans notre pays.

– Si le secteur sucrier veut continuer à assurer une production permettant de contribuer à la sécurité alimentaire du pays, il est temps de procéder à une large extension, voire même une généralisation de la monogerme qui demeure jusqu’à preuve du contraire la voie de l’avenir. En effet, tous les efforts techniques et technologiques en matière de recherches et d’améliorations variétales sont portés sur la semence monogerme. Au niveau international, l’utilisation de la betterave polygerme est limitée à de très rares pays et à de très faibles superficies.

L’avenir est donc pour la monogerme dont les performances, quand elle est conduite comme une nouvelle technologie, sont supérieures à celles de la polygerme. Aussi, les disponibilités à l’avenir des semences polygermes risquent d’être réduites ou que ces variétés ne présenteraient pas les caractéristiques recherchées, par exemple, en terme de résistance à certains parasites ou maladies. Il est donc impératif de préparer l’avenir en intégrant dans le secteur betteravier les nouveaux produits génétiques.

– La cherté et la rareté de la main d’œuvre de plus en plus ressentie par les agriculteurs dans les différents périmètres betteraviers et surtout en période de forte demande( installation, entretien et récoltes).

Quand les semences monogermes ont été introduites en grande culture au Maroc, les superficies consacrées à ce type de culture ont évolué rapidement pour subir par la suite une régression importante. L’engouement observé au départ pour ce type de culture trouve son explication dans les facteurs suivants:

– un encadrement intensif accordé aux agriculteurs utilisant les semences monogermes. En effet, toute l’opération de la betterave monogerme a été totalement prise en charge par les ORMVA et après leur désengagement par les sucreries.

– les prix de facturation appliqués résultent d’une péréquation avec la multigerme y compris les semences.

– les résultats des premiers essais ont été très encourageants.

– une sensibilisation réussie auprès des agriculteurs quant aux avantages de ce type de semence.

Dans une perspective de re-dynamisation de la vulgarisation de la culture de la betterave monogerme en vue de sa généralisation et pour lui assurer un développement continu et durable, la recherche sur l’optimisation des techniques de production de ce type de culture doit être poursuivie ainsi que les efforts de mécanisation qui seront entrepris doivent tenir compte et des aspects techniques et des aspects organisationnels. Aussi, des mesures d’accompagnement doivent être décidées pour encourager cette opération.

Les aspects techniques doivent concerner toutes les interventions qui visent l’obtention d’un peuplement optimum, une meilleure protection phytosanitaire et un bon entretien de la culture et une bonne récolte qui préserve aussi bien la quantité que la qualité de la matière première.

Si le gros matériel peut convenir facilement aux grands domaines, des solutions adaptées aux petites exploitations qui sont majoritaires peuvent être recherchées. Toute solution technique proposée doit tenir compte des conditions pédoclimatiques de région et du type d’irrigationpratiqué.

La prédominance des petites parcelles betteravières constituent une contrainte majeure à l’introduction du gros matériel. Pour contourner cette limite il y a lieu de promouvoir la création de petites et moyennes entreprises (jeunes promoteurs) qui prendraient en charge tous les travaux que nécessitent la conduite de la betterave monogerme. Les associations régionales de producteurs de betterave peuvent aussi se doter de matériel et outils adaptés aux exigences de la betterave monogerme.

La maîtrise des aspects techniques et organisa- tionnels n’est pas suffisante pour garantir, à l’avenir, un développement total de la monogerme. D’autres mesures de support et d’accompagnement doivent être prises. On peut citer:

– le renforcement des structures de recherche et de vulgarisation et la mise en place d’un programme national de recherche sur la betterave monogerme en général et sa mécanisation en particulier.

– le renforcement de l’encadrement et la formation. Cette action sera réalisée à travers l’organisation d’un programme de formation sur la conduite de la betterave monogerme, destiné à deux groupes cibles: agriculteurs et fils d’agriculteurs et inspecteurs et agents d’encadrement, des journées de sensibilisation et des voyages d’études pour les agriculteurs réticents ou non encore acquis à la culture de la betterave monogerme. La formation ne devra pas se limiter qu’aux techniques de production, mais aussi au réglage du matériel, à son utilisation et son entretien.

– l’établissement de conventions de partenariat entre les différents intervenants dans la filière sucrière y compris les petites et moyennes entreprises de travaux agricoles. En plus des banques, les sucreries peuvent mettre à la disposition des jeunes promoteurs le financement nécessaire pour l’acquisition du matériel approprié et les ORMVA leur assurent les moyens logistiques.

– les sucreries, en tant que bénéficiaires de toutes les actions, doivent contribuer dans la promotion de la mécanisation et, par la même, au développement de la betterave monogerme. Aussi, il est possible d’envisager l’instauration d’une prime pour les betteraviers qui ont opté pour la culture de la monogerme.

– l’organisation professionnelle du matériel doit veiller au bon choix des outils nouveaux et adaptés aux conditions marocaines, participer aux essais de démonstration et assurer les pièces de rechange nécessaires.

Par Dr. Mostafa AGBANI(1) et
Dr. Chakib JENANE(2)

(1)Professeur d’Agronomie
(2)Professeur de Machinisme Agricole
Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II