Les variétés de blé résistantes à la cécidomyie: Nouvel atout pour la céréaliculture au Maroc

Méthodes de lutte contre la cécidomyie

Les recherches de base conduites au Maroc ont permis de lever la confusion entre les effets de la sécheresse et celui de l’attaque par la cécidomyie. Les recherches ont ensuite évalué les degrés de sévérité économique et les moyens de lutte. Plusieurs méthodes ont été recherchées en vue de lutter contre la cécidomyie au Maroc.

Certaines pratiques peuvent influencer le degré d’atteinte par ce ravageur, il s’agit de la date de semis, de l’incinération et/ou l’enfouissement des chaumes et de l’accroissement de la vigueur de la plante par le travail du sol, les engrais et l’irrigation.

Le ‘Carbofuran’ (Furadan 5G) appliqué au semis est efficace. Cependant, l‘adoption du traitement chimique reste limitée du fait de son coût élevé, de sa formulation granulaire inadéquate pour les zones arides et par le problème de toxicité. En plus, l’efficacité de toutes ces méthodes de lutte reste tributaire des conditions hydriques.

La Lutte biologique a aussi été recherchée au Maroc: plusieurs espèces parasites de le cécidomyie ont été identifiés mais leur effet est limité sous les conditions marocaines.

La résistance variétale

Du fait que la lutte culturale, essayée au Maroc depuis plusieurs décennies, n’avait pas donné de résultats significatifs au niveau de l’agriculteur, la lutte génétique était le seul moyen envisageable. Au vu des recherches effectuées dans certains pays, l’utilisation des variétés résistantes à la mouche de Hesse constituerait la méthode la plus efficace, la plus économique et la plus durable pour lutter contre ce ravageur.

L’innovation par la voie génétique, qu’elle soit dirigée vers la limitation des pertes dues aux différents stresses ou vers l’augmentation du potentiel de rendement, a plusieurs avantages établis:

 Faiblesse du coût de remplacement;
 Préservation de l’environnement;
 Absence de besoins en outils d’application; et
 Compatibilité avec toutes les autres innovations technologiques.

La technologie ‘variété améliorée’ est ainsi un bon vecteur du progrès scientifique.

Au Maroc, la méthode de lutte génétique était indisponible avant les années 1980s, faute de ressources génétiques valables (gènes efficaces au Maroc) et aussi de recherche. A l’heure actuelle, L’INRA a produit plusieurs variétés de blé tendre et de blé dur résistantes à la cécidomyie (Les variétés résistantes de blé tendre sont Saada, Arrihane et Aguilal (en plus des analogues résistants –obtenus par croisements en retour- de la majorité des variétés déjà adoptées). Les variétés résistantes de blé dur sont Irden, Nassira, Chaoui, Amria, Marouane et Icamore.

Les efforts sont actuellement dirigés vers la combinaison de cette résistance avec plus de qualités bénéfiques aux deux cultures. Plusieurs lignées avancées sont en cours d’enregistrement et possèdent de meilleures caractéristiques agronomiques et technologiques.

La lutte génétique: un travail multidisciplinaire de longue haleine

Les méthodes utilisées pour le développement de la résistance génétique dans les blés marocains sont du type conventionnel: identification des sources de résistance, et introgression des gènes de résistance dans des génotypes adaptés par des programmes d’hybridations de long terme.

Dès 1984, La pépinière internationale de cécidomyie a été introduite au Maroc et évaluée sous des conditions contrôlées d’infestation par la mouche. Cette étude a permis d’identifier 3 gènes de résistance efficace au Maroc (H5, H11 et H13). D’autres ressources génétiques ont été importées par la suite des banques de gènes internationales et plusieurs se sont montrées efficaces au Maroc: elles portaient les gènes H14, H15, H22, H23, H21, H25 et H28.

Des sources de résistance appartenant aux espèces apparentées aux céréales ont aussi été découvertes et utilisées (Aegilops squarosa et de triticum araraticum). L’introgression de la résistance dans des lignées adaptées aux conditions marocaines a été faite par des hybridations conventionnelles entre les blés résistants et ceux sensibles à la mouche mais adaptés aux conditions du Maroc. Des rétro-croisements étaient ajoutés au besoin, suivis de quelques générations de sélection au champs et finalisées par une évaluation sous serre.

Des hybridations interspécifiques ont été utilisées pour introduire la résistance des espèces apparentées aux blé. Pour le blé dur, aucune source de résistance n’était disponible. Il a été nécessaire d’importer cette résistance à partir des blés tendres et d’accessions de blé apparentés, tels le triticum araraticum et le T. carthlicum. Il a aussi été nécessaire d’accomplir des cycles d’amélioration génétique plus longs pour maintenir les caractéristiques du blé dur suite aux hybridations interspécifiques.

A l’heure actuelle, plusieurs gènes de résistance efficaces au Maroc sont disponibles ainsi que plusieurs lignées avancées prometteuses. Des recherches sur l’application de la sélection moléculaire sont en cours en vue d’une utilisation future.

L’amélioration génétique classique est toujours poursuivie pour combiner la résistance génétique aux autres maladies importantes (septoriose, rouilles) et la qualité technologique du grain avec la résistance génétique à la cécidomyie.