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Histoire du peuplement de l’Ounein (1983), Paul PASCON

30 ans de sociologie au Maroc (1986) 

Paul PASCON

Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II

Histoire du peuplement de l’Ounein (1983), Paul PASCON

L’histoire du peuplement récent de l’Ounein – c’est-à-dire au cours des trois derniers siècles – a été étudié à partir de sources disparates, d’inégale signification et qui se recoupent plus ou moins bien:
  • Une note inédite de la Porte des Vaux[1];
  • Des enquêtes menées sur place, dans chaque village, sur la tradition orale;
  • Le dépouillement d’archives privées découvertes dans la vallée;
  • Diverses bribes extraites de la bibliographie.

Ounein, passe de l’Atlas

Il ressort de ces études que la vallée de Ounein, loin d’être un canton montagnard isolé, refermé sur lui-même et à l’écart de tout échange, se révèle être au contraire une zone de passage, un couloir de circulation, une véritable pompe tirant l’essentiel de sa population de l’Anti-Atlas, la hissant jusqu’au col d’Oucheddan et la refoulant vers le Haouz, vers la plaine de Marrakech et plus récemment vers Casablanca, Rabat et l’Europe. Mouvement qui ne manque pas évidemment de laisser s’attarder, s’accrocher et s’enraciner dans l’Ounein même, une partie de ces populations mobiles.
Lorsqu’on regarde la chaîne de l’Atlas depuis la plaine du Sous, de Taroudant à Aoulouz, elle apparaît comme une barrière formidable, comme un mur infranchissable et l’on recherche vainement un affaiblissement de son altitude pour trouver un passage commode. La seule voie qui paraît engageante, à hauteur de Ras el Aïn, ce n’est pas le col du Tizi n’Test où passe aujourd’hui la route goudronnée, mais l’échancrure, l’entaille, que l’oued Lamdad a pratiquée dans le contrefort sud de l’Atlas. Certes, en remontant cette vallée, le col d’Oucheddan à 2240 m d’altitude est plus élevé que celui du Test (2100 m) mais son accès est plus progressif, moins impressionnant pour le voyageur venant du Sud. C’est la situation inverse pour qui va de Marrakech à Taroudant; on emprunterait tout naturellement la vallée du Nfis jusqu’à la crête de I’Aghbar et il ne viendrait pas aisément à l’idée d’obliquer dans I’Agoundis ou de gravir le Jbel Oucheddan à partir d’ljoukak ou de Talat n’Yaqoub[2]. Cependant, il semble bien que les deux voies aient été pratiquées au cours de l’histoire, mais nous avons tendance à penser que le col de l’Oucheddan a été préféré par les populations venant du Sud. Et comme le mouvement des populations sur la longue durée – général au Maroc – a été une montée du Sud vers le Nord, nul doute que l’Ounein a dû être une voie ancienne de circulation l’emportant sur celle du Test et sur celle du Tifnout. C’est que la question prend une autre dimension selon qu’on voyage à dos de mulets ou qu’on envisage d’ouvrir une piste carrossable.
Cet aspect de la question n’est pas toujours apparu aux géographes. Cependant, Jean Célérier[3] notait: «Malgré l’abaissement de la montagne, la route du Goundafa présente de sérieuses difficultés (…) Le Test est le passage le plus fréquenté; on utilise également le col d ‘Ouchadden qui donne accès à la riche cuvette de l’Ounein. Le terminus est le même: c’est Taroudant». Mais Célérier écrivait son article en 1927, cinq ans avant la construction de la piste autocyclable du Test. Dix ans plus tard, Jean Dresch[4] cite le Tizi n’Ouchden au milieu d’une douzaine d’autre cols pour dire que leur «garde … étant souvent tarifée et fructueuse, leur possession ou leur contrôle a joué, dans l’histoire politique de la montagne, un rôle considérable»[5].
Au demeurant, il semble que l’Ounein soit une très vieille voie de circulation. La piste qui monte de l’Ounein à l’Ouchadden passe à un certain col dit de Tizi n’mri en contrebas de Tamdgust, aux innombrables amoncellements de pierres votives, que domine l’éperon barré d’Amerdül. Sur cet éperon, un h’aûs forme le haut-lieu de pratiques magiques en principe accomplies seulement par des femmes – c’est ce que disent les hommes en tout cas ! Tout autour, quelques demi-douzaines de gravures rupestres, rappellent les graphies classiquement connues du Yagour, de l’Oudaïmeden et des Azib n’lkkis: poignards, boucliers, scènes de chasse à cheval et chars[6]. Au Moyen-Age l’abondance des gîtes métallifères et particulièrement du cuivre, place l’Ounein sur ce qu’on pourrait appeler une «Route du cuivre» qui d’Aghmat en passant par lgli va à Tamdult  et  au-delà  vers  le  pays  des Noirs[7]. Autre signe, durant le XIXe siècle, le Pacha de la Qasbah à Marrakech – qui était souvent désigné comme Caïd du Sous – recevait la mouna, donc l’obéissance, des populations de l’Ounein.

Origines ethniques et géographiques du peuplement actuel de l’Ounein

Certes, ces indices n’apportent pas de grandes certitudes. C’est plutôt l’implantation même du peuplement qui permettra de donner des preuves tangibles du rôle de «sas» que l’Ounein a joué dans l’histoire entre le Haut Sous et le Haouz.
De la Porte des Vaux examine en 1946 l’origine des habitants de l’Ounein – au moins de la partie relevant du Cercle de Taliwine. Sur 481 chefs de foyers, il en dénombre 81 se déclarant autochtones de l’Ounein (dont 51 nés dans le village même et 30 nés dans un village voisin), 400 étrangers à l’Ounein, soit 83 % du total recensé.
Ces quatre cents immigrants historiques, qui se souviennent en somme qu’eux-mêmes ou leurs aïeux sont venus d’ailleurs, indiquent plus ou moins précisément leur origine ethnique comme suit:
62 soit 13 % d’alentour         20 du Tifnout
                                                 19 d’Ihouzioua
                                                 12 des A. Semmeg
                                                 11 des Rahhala
33 soit 7 % des Wawzgit       28 sans autre indication
                                                   4 des A. Azilal
                                                   1 des Zagmouzen (n°199) *
90 soit 19 % du Bani              60 des Znaga
                                                 18 d’Oult
                                                 99 des Feija
                                                   2 de Tissint
                                                   1 de Tata
(*)   Les noms indiqués ou les numéros renvoient à la Carte des Tribus ci-jointe
133 soit 27 % du Sous            65 des Argen
                                                 57 des Sektana
                                                 11 du Sous sans autre indication
56 soit 12 % de l’Anti-Atlas  32 des Ida Ouzal
                                                 14 du Tazerwalt (n°223)
                                                   4 des Ida ou Gersmouk
                                                   3 des Ida ou Zeddout
26 soit 5 % du Nord               23 du Nfis
                                                   3 du Rharb
Ce qui peut être résumé en six provenances géographiques pour 481 foyers:
                                      Ounein                17 %
                                      Alentours             13 %
                                      Est                          7 %
                                      Sud                       51 %
                                      Sud-ouest              5 %
                                      Nord                       5 %
Ainsi les deux tiers des habitants de l’Ounein gardent en mémoire qu’ils sont issus de populations migrantes du Sud. Plus précisément par exemple «la fraction d’Afra, qui en Ounein appartient au Goundafi contient 90 foyers originaires de Tata sur 107 au total et porte exactement le même nom qu’une fraction voisine de Tata et composée des douars d’Agadir n’Afra et Aït Hassein. Ces deux mêmes noms se retrouvent dans celui de l’un des douars de la fraction Afra en Ounein et de l’une des familles les plus importantes de ce douar, les Aït Hassein[8].
Des enquêtes directes sur place montrent bien la permanence de liens, lâches parfois mais des biens tout de même, avec les pays d’origine, quittés parfois il y a cinq ou six générations.
Aussi sur l’Assif Agdim se sont fixées des populations, entremêlées dans des villages distincts par exemple:
Takoucht abrite des lb Baaziz venant d’Argen des Ida n Zal et les Ayt Hsayn des Ayt lgmûr d’Askawen; à Tawarda, des familles viennent d’Amezzug des Suktana, leur village d’origine s’appelle aussi Tawarda; Targa n’Tabmit est peuplé de trois lignages, les b. Mellük venus d’Iznagen de Tazenaht, les Id Wazziz d’Argen et les lb Ba ali d’Ayt Mansûr près d’Aqqa du Banî; les Tamsult n’Igejnawen viendraient de Tammelt n’Ouarfan de Tata (Bani); une partie des habitants de Zawit sont des Ayt Hsayn d’Iduskan de l’Oued Nfis; enfin à Agdim le peuplement est en large partie originaire des Id Omar Unas de Nikt du Titnout. Même brassage en Tamejst.
À Tawrirt, quatre lignages dont deux de Nfis: lb Bû Gejjdi et lb Bû Hris des Ayt lgir, un lignage viendrait des Ayt sa0id d’lmî ugnî des ldauzal; enfin les lhukarn seraient des Ayt u Biyâl de Zagmuzen des Süktana. Ceux de Tamsult sont en large partie des Ida u Semlâl du Sous extrême.
Les Ayt Khalf ne sont pas moins mêlés:
À Tamsolomt, outre une population fugitive rangée sous la protection du sanctuaire (horm) et hors le lignage des Chorfa Yaqubiyine, on trouve des personnes venues d’Imi n’Tatelt, d’un lieu homomyme (Tamsolomt du Sûs); Afurig regroupe en partie des immigrants des Ayt Ihmûr; ceux de Tizgi ne sont pas venus de loin, mais des portes de l’Ounein, à Anzi; à Tigitst, outre les Iguramen du Tifnout, on trouve des Yahya û Mansûl issus de Tidili en Ghaoua.
Il est tout à fait possible de dater la plupart des migrations, il suffit de dépouiller les abondantes archives familiales, les actes de mariage, les partages d’héritage, les acquisitions de terre et d’eau dans lesquels sont très souvent données les ethniques et les origines précises des protagonistes.
Ancienneté du village d’Ayt Yasin
Pour rechercher la montée à la chefferie et le processus d’accumulation des biens matériels et des biens symboliques, j’ai été amené à étudier l’origine de la famille Ujaîd de Yasin et par la même occasion la formation du village de Yasin. On peut connaître la création du village de Yasin grâce au dépouillement des archives conservées par le lignage Ujaîd, environ quatre centaines de textes actuellement en cours d’analyse.
À la fin du XVIIe siècle le village de Yasin s’individualise de celui de Tamdgot et déjà le 29 chaabane 1078/13 février 1668 une assemblée (jma0a) de quatre représentants de lignages est amenée à prêter serment, mais à cette époque le nom du village est toujours suivi du nom de Tamdgost: «bni Yasin et-Tamdgost; Bnî Yasin bi-Tamdgost; biqariati Tamdgost»; etc… Ces désignations se maintiennent jusque vers 1213/1799. Mais dès 1180/1766 une nouvelle expression s’installe: «Bni Yasin bi-wadi Tamdgost, bi-ahwaz Tamdgost»; et ce jusque vers 1318/1900. À partir de 1234/1819 on lit de plus en plus «Ayt Yasin bi-Ayt khalf ou bi-Ounaïn» jusqu’à  aujourd’hui.

Installation et montée d’une famille

La famille la plus puissante d’Ayt Yasin était vers 1878 celle des Talbûrîn. On le sait par la part prépondérante de terre, d’eau et d’arbres qu’elle détient dans le finage de ce village ainsi qu’à Tamdgost. Le patronyme dérive du surnom d’un certain Muhammad u Talbûr. On lit dans un acte de vente de grains daté de rabi 1, 1108/0ctobre 1996: «Ahmed b. Muhammad u Talbûr bihi  urifa». La mention bihi urifa, qui signale qu’il s’agit d’un surnom, disparaît 70 ans plus tard, exactement dans un acte de naissance de son petit-fils Muhammad (08.04.1180/13.09.1766) Au début du XIXe siècle, le patronyme de Talburîn apparaît et se conserve jusque vers 1890. À cette date les Talburîn n’ont plus d’héritier mâle. Depuis plusieurs générations, cette famille utilisait le travail d’obscurs immigrants des Uzgita et elle finit par donner en mariage la seule héritière du lignage à un certain Ujaid réputé pour sa bravoure et son audace dans la lutte contre les chefs de Tagontaft.
Ujaid est un surnom (laqab), en partie dépréciatif, qu’on pourrait traduire par «rétif», «intraitable», «mauvais», mais qui a été ensuite retenu comme «résistant». Cet Uja id devient le chef des Ayt Khalf (amgar) au moment des premières tentatives du Goundafi en Ounein, il conservera cette charge jusqu’à sa mort et la transmettra à son fils. C’est durant la période de résistance à l’envahisseur du Nfis qu’il accumulera la plupart des biens fonciers dont la famille bénéficie aujourd’hui.

La migration historique des souks en Ounein:

Les lieux hebdomadaires d’échange des produits, de la monnaie et des idées que sont les souks au Maroc sont indicatifs des polarités économiques et sociales et des centres de gravité de la vie politique. Une étude menée dans une vallée rifaine (les Beni Boufrah) a montré que la migration des marchés suivait, ou accompagnait, la migration de l’habitat et rendait compte, d’une certaine manière, des densités relatives de peuplement.
L’Ounein a connu, au cours des deux derniers siècles, un transfert significatif des sites de marchés que l’on peut résumer en deux mots: descente et polarisation.
Pour pouvoir dresser le schéma donné ci-dessous, nous avons utilisé la mémoire des informateurs, des archives privées et la visite des vestiges sur le terrain.
Il semble qu’il y ait eu autrefois, il y a plus de deux siècles, trois pôles comerciaux: Izemrân, Fuska et Tamtarga. Dans un premier temps, il y a environ un siècle, les deux premiers sont supprimés au profit de Tamsolomt, réduisant à deux pôles les lieux d’échanges hebdomadaires. Puis Tamsolomt a été fermé au profit d’Adouz avec l’établissement du Glaoui en ce lieu; et ce n’est qu’il Y a une cinquantaine d’années que le souq de Tamtarga s’est éteint, donnant ainsi le monopole à Adouz.
En réalité, les mouvements de détail sont plus complexes, et encore incomplètement connus. Dans l’état actuel de notre information, voici ce que l’on peut en dire.
Tlat Isemrân, situé immédiatement en amont de Zawit près de Agdz semble avoir bénéficié de la protection de Sidi Musa. Son transfert à Tlat Adras (Tamsolomt) n’est pas daté, il est dit «très ancien», personne ne se rappelle avoir commencé dans ce souk.
Khemis f-Uska, près de Doudkad sur le glacis à proximité de Dar lgouzoulen, dit aussi Bou lssafarn. Cet endroit ne paraît pas avoir joui de la protection d’un saint. Un hameau était habité par des Juifs à Doudkad et on peut y voir encore les traces de leur cimetière.
Ceci suggère l’existence d’une chefferie militaire. Lorsque le khalifa des Glaoui voudra s’installer en Ounein, avant la construction de la forteresse d’Adouz, c’est à Dar lgouzoulen qu’il construira sa première maison forte. Le souk de Khemis f-Uska est cité dans un document daté au 23.06.1229/ 12.06.1814, preuve de son activité à cette époque.
Tlat Adras, hors du horm de Tamsolomt, a bénéficié de la protection du saint. On trouve encore des personnes qui se souviennent y avoir commercé. Ce souk a été rompu par le meurtre de Bû lkiyawn, ijma0en et chef de guerre fameux, allié du Glaoui par nécessité pour lutter contre le Goundafi, et qui a été assassiné en plein souk par des hommes du Nfis vers 1911. Il est expressément dit par les contemporains de cette époque que le souk a été transféré à Adouz.
Arba Tamtarga; l’existence de cet ancien souk est attestée par le toponyme même de l’endroit. Mais ilsemble que vers 1895, sous l’influence du Goundafi il ait été transformé en Tlata pour faire concurrence au Tlat Adras, place commerciale des ijana0en, antigoundafi, donc pro-Glaoui. Vers 1912, au fort moment de la rivalité des grands caïds, Tamtarga était le souk des Goundafistes et Adouz celui des Glaouistes. Avec la fin des hostilités entre ces deux chefs militaires, l’activité de Tamtarga déclina. La mort de Tayeb Al-Goundafi en 1928, et le désintérêt de ses héritiers pour cette région, entraîna la disparition du souk au profit d’Adouz.
Adouz
Il semble qu’un très ancien souk Jmâa (Vendredi) ait existé près de Tafoukt où se trouve une forteresse (Agadir) où les marchands conservaient leurs marchandises entre deux souks. Un peuplement juif près de Tafoukt suggère des établissements d’artisans et de petits commerces israélites à cet endroit. Ce souk du vendredi fut supprimé au moment du départ des Juifs vers 1058 et transformé en souk du Dimanche.
En 1013 fut créé le souk d’Adouz du Mercredi, non sur le site actuel, mais jouxtant la qasbah du Glaoui en cours de construction.
Vers les années 1928-1930, l’abandon du souk du Mardi de Tamtarga vint renforcer celui du Mercredi d’Adouz. En 1937, le souk se trouvait à la même place (Dresch, information orale sur les lieux en mars 1983). En 1957-1958 le souk d’Adouz fut transféré à l’endroit où il se trouve aujourd’hui pour se tenir deux jours par semaine: le mercredi, donc héritier des anciens souks d’Izemrane, Adras et Tamtarga; le dimanche, récupérant l’ancien souk du vendredi de Tafoukt.

CONCLUSION

 La migration des souks de l’Ounein au cours des deux derniers siècles montre la tendance vers la polarisation des échanges dans le point bas de la cuvette. A des souks de fractions, situés aux débouchés des principales petites vallées, a succédé un grand souk pour l’ensemble de la vallée situé à proximité de la sortie de la cuvette elle-même. Sans doute l’ouverture précoce de la piste du Sud a dû favoriser l’établissement du souk dans la région d’Adouz, mais plus encore la puissance politique du Glaoui a décidé du site et des jours, mettant fin à la multiplicité des lieux d’échange, rompant avec le fonctionnement particulariste des vallées et imposant un branchement direct sur la piste du Sud.

Schéma cartographique de la migration des souks

Le peuplement juif en Ounein
Nous n’avons pas trouvé à ce jour dans la littérature spécialisée d’informations sur les mellahs de l’Ounein. Notre information, par suite, repose seulement sur la tradition orale recueillie auprès des habitants de l’Ounein et une étude de la toponymie.
Trois sites principaux sont cités comme ayant connu des mellahs: Ayt Zakri, Doudkad et Toug et Khayr mais il y a bien d’autres lieux où l’on signale l’ancienne présence de Juifs comme à Tigitcht. Il semble néanmoins qu’il n’y ait jamais eu de synagogue en Ounein, la plus proche se trouvant à Aoulouz.
Ayt Zakri
Sur l’ancien chemin du Wijdane, le village des Ayt Zakri était le dernier relais. Un mellah était établi à cet endroit car les Juifs ne pouvaient résider près de Tamsolomt. Ayt Zekri était un village fortifié avec des maisons jointives et deux portes, les Juifs avaient construit leurs demeures au-dessus du village, au bout d’une forte pente.
En Ounein, une expression proverbiale dit: «aussi dur pour les Juifs que la montée de Zakri». On cite encore un signe de richesse de certains personnages du mellah: «Quand Dar b.Dawd s’ouvre, tout le Sous l’entend»; cette maison se serait enrichie par le commerce caravanier passant par le Wijdane.

Toug al Khayr

L’installation des Juifs à Toug al Khayr n’est pas considérée comme ancienne, probablement contemporaine de l’arrivée des Glaoui en Ounein par transfert de population établie à Doudkad. Certes, les Juifs auraient eu des boutiques et des échoppes près d’Agadir n’Tafoukt avant l’ère Glaoui, mais ils n’y résidaient pas.

Ils finirent par fonder le mellah de Toug al Khayr au début du siècle avec un cimetière (on y voit aujourd’hui encore quelques tombes profanées avec des pierres tombales sans épitaphes).

À Adouz, les Juifs étaient artisans: savetiers, fabricants de bâts, orfèvres; on se souvient notamment de !’habilité en bijouterie d’un certain Dikkâh. Ils assuraient une part importante du commerce d’épicerie, sucre, thé, amandes, tissus. Quelques-uns étaient agriculteurs accédant à la terre par la pratique de l’hypothèque (rehn) mais ne pouvaient devenir propriétaires. Ils auraient évacué Adouz en 1958.

Paul PASCON, Juin 1983

(*) Texte provisoire. Inédit.

[1] De la Porte des Vaux, «Les tribus berbères du Haut Sous», mémoire n°991 du CHEAM, nov-déc. 1946, 77 p. XXIII, 27 photos, 1 carte au 11200.000e voir notamment p.13 à 29, et les tableaux p.73 sq.

[2] Pourtant Louis Thomas, Voyage au Goundafa et au Sous, Payot 1918, faisant partie du Groupe sanitaire mobile envoyé de Marrakech au Sous sous la Direction du Docteur Bulit franchit en décembre 1917 le «Tizi Ouicheddan qui, à 2545 d’altitude (en réalité 2504) est souvent rendu impraticable par la neige» et il décrit (carte p.232) l’itinéraire habituel: Marrakech, Tameslomot, Amizmiz, Tinesk, Talat n’Yakoub, Adouz, Aoulouz, Od Berhil et Taroudant.

[3] Jean Célerier, «L’Atlas et la circulation au Maroc», Hespéris, 1927, 4° Trim. p.447-497, notamment p.473-5.

[4] Jean Dresch, Documents sur les genres de vie de montagne dans le massif central du Grand Atlas. Publications de l’IHEM, t.XXXV, Paris sd (1940) 30 p.12 cartes, spécialement p.24.25.

[5] Dans une lettre adressée à Hassan al-Goundafi, fils, khalifa de son père Tayeb pour le Nfis, le Colonel de Labruyère, chef du Service des Renseignements lui précise le choix du Nfis comme voie de circulation: «La route pour Tiznit est parvenue, à travers la montagne jusqu’au Tizi û cheddan et de là à la Qasbah Tagoundaft; un autre chemin reliera le souk khemis Tagalt par la montagne jusqu’à Bû Zran el Magûsa en une heure de voiture. Un autre chemin menant à Tigui û Guiz depuis l’Oued Seksawa dans la région du Caïd Mtuggî est en construction». (18.08.1338/07.05.1920) Archives Goundafi.

[6] Sur des gravures comparables, voir Jean Malhomme, Corpus des gravures rupestres du Grand Atlas, Service Archéologique du Maroc, Rabat, vol 1961.

[7] Bernard Rosenberger, «Tâmdult, cité minière et caravanière  présaharienne,  IXe-XIVe s». Hespéris-Tamuda 1970 Vol. XI, pp. 103-140; idem, «Les vieilles exploitations minières et les anciens centres métallurgiques du Maroc: essai de carte historique», Rev. Géogr. Marocaine, n°17, 1970, pp. 71 à 108; n°18, 1970 pp. 59 à 102.

[8] De la Porte des Vaux, op.cit. p.54.

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