Conduite technique et inventaire des variétés marocaines locales de figuier dans quatre principaux sites de production (Chefchaouen, El Jadida, Ouezzane et Taounate)

RÉSULTATS ET DISCUSSION

Typologie des exploitations étudiées

Taille des exploitations

La classification des exploitations recensées selon leurs superficies montre que la part des SAU de moins de 2 ha représente entre 39 % et 45 %. Pour les SAU entre 2 et 5 ha, elles représentent près de 50 % à Zoumi et à Beni Ahmed, alors que les exploitations dépassant 5 ha représentent 40% à Ouled Frej et seulement 6 % à Zoumi (Tableau 1). En général, les exploitations ont un statut juridique Melk, cependant à Bouhida on trouve des vergers et des figuiers exploités en association (Bnass: ½ de la production pour le propriétaire et ½ pour l’associé).

Tableau 1: Classification des exploitations enquêtées selon leurs SAU dans les quatre sites

Pourcentage (%)
 Superficie Ouled FrejZoumiBeni AhmedBouhida
SAU<240393945
2<SAU<520555044
SAU>54061111

 

Part du figuier dans l’arboriculture fruitière

Dans les exploitations enquêtées dans le site d’Ouled Frej, le figuier représente 30 à 50 % de l’effectif des arbres fruitiers dont la vigne, l’olivier, et le grenadier. Dans le site de Zoumi, 78 % des exploitations enquêtées ont enregistré une part du figuier supérieure à 20 % de l’effectif des arbres fruitiers dont le prunier et l’olivier. Dans les autres sites, une part du figuier dépassant 40 % a été notée dans la majorité des exploitations enquêtées, à raison de 78 % dans Beni Ahmed et 72 % dans Bouhida.

Mode, densité et âge des plantations

Les figuiers sont plantés groupés sous forme de vergers ou dispersés et associés à d’autres arbres et cultures. Dans le site d’Ouled Frej, les vergers de figuier en monoculture représentent 72% des exploitations et il est associé à d’autres cultures dans 28 % des exploitations. La densité moyenne des plantations est de 290 arbres/ha avec une minimale de 152 arbres/ha (6 m*11 m) et une maximale de 625 arbres/ha (4 m*4 m). L’âge moyen des arbres est de 15 ans, on note la présence de figuiers très anciens qui ont plus de 50 ans et des vergers récemment plantés dans le cadre du Plan Maroc Vert.

Dans les sites de Zoumi et de Beni Ahmed, la culture de figuier est très ancienne et les arbres sont généralement âgés. L’âge moyen dans les exploitations enquêtées est de 37 ans avec des arbres qui dépassent les 80 ans et des arbres récemment plantés. Le renouvellement des vergers et l’importance donnée par les agriculteurs à cette culture a régressé durant ces dernières années, en faveur des cultures annuelles plus rentables. On trouve rarement des vergers entièrement réservés au figuier, les arbres sont plantés en association avec les autres arbres fruitiers (oliviers, prunier, vigne…) et les cultures annuelles.

Dans la commune rurale de Bouhouda, les figuiers se caractérisent par un vieillissement remarquable. En effet, 43 ans est l’âge moyen des plantations dont 60 % dépassent 40 ans. Cependant, les agriculteurs procèdent au rajeunissement des vergers à travers la réalisation de nouvelles plantations de figuiers. Généralement, Les figuiers sont plantés groupés en montagne avec des espacements allant de 1,5 m*2 m jusqu’à 2 m*5 m. Pour les collines et les plateaux, les arbres sont plantés en association avec l’olivier à des espacements non réguliers.

Profil variétal

Dans le site d’Ouled Frej, le profil variétal des exploitations enquêtées se compose principalement de trois variétés ‘Mtioui’ (68 %), ‘Kahouli’ (32 %) et ‘Hamouri’ variété bifère (moins de 1 %) (Tableau 2). Dans le site de Zoumi, 19 variétés de figuier ont été recensées, 10 bifères et 9 unifères. La variété ‘Homran’ est la plus abondante (20,2 %), suivie des variétés ‘El masfah’ ou ‘Koté Lazrak’ (19,0 %) et ‘Ghouddane’ (17,4 %). Dans le site de Beni Ahmed, 11 variétés de figuier ont été recensées, 8 bifères et 3 unifères ‘Lassoune’, ‘Laaouade’ et ‘Kouti’. Les quatre variétés dominantes, représentant sont ‘Messari’ (25 %), ‘Koté’ (18 %), ‘Ghouddane’ (16 %) et Fassi (15 %). Dans la commune de Bouhouda, le profil variétal se compose de 11 variétés dont 5 sont bifères: ‘Ariel’, ‘Lamtel’, ‘Sebti’, ‘Fassi’ et ‘Ghouddane l’hor’) et 6 unifères. La principale variété plantée est ‘Nabout’ (38 %), très appréciée pour son aptitude au séchage et sa qualité, suivie des variétés ‘Ariel’ (13 %), ‘Lamtel’ (11 %) et ‘Fassi’ (11 %).

Conduite technique du figuier dans les exploitations étudiées

Le bouturage est le mode de multiplication le plus utilisé dans les quatre sites, les agriculteurs plantent les boutures de 40 à 70 cm de longueur, dont 5 à 10 cm (2 à 3 bourgeons) constitue la partie aérienne, pendant la période allant de janvier jusqu’à fin mars.

Concernant le travail du sol, il est pratiqué en général à l’aide de l’araire traditionnel au profit des cultures intercalaires par tous les agriculteurs, et exceptionnellement dans les vergers de figuier en monoculture à Ouled Frej. Cependant, il n’est pas pratiqué dans les terrains accidentés à Beni Ahmed et à Bouhouda. La période du travail du sol varie selon les agriculteurs, octobre-novembre pour les céréales (orge, blé…) et cultures fourragères, décembre pour les légumineuses (lentilles, petits pois, pois chiche…), et mars-avril pour les vergers ensemencés par le cannabis à Beni Ahmed et Zoumi. La lutte contre les mauvaises herbes se fait manuellement en utilisant la sape

L’irrigation du figuier en monoculture n’est pratiquée que dans la zone d’Ouled frej à partir des puits ou des seguias de l’office ou même par pompage direct à partir de l’oued pour les vergers qui se trouvent à proximité. La quasi-totalité de l’irrigation se fait en gravitaire, seulement 6 % adoptent le système goutte-à-goutte.

En ce qui concerne la fertilisation du figuier, elle est pratiquée par la majorité des agriculteurs d’Ouled frej sous les deux formes, manuelle (94%) et fertigation (6%). Certains agriculteurs apportent des engrais foliaires pour corriger des carences et du fumier en octobre. Pour Zoumi, Beni Ahmed et Bouhouda, les agriculteurs ne pratiquent pas de fertilisation pour le figuier, les engrais ne sont apportés que pour les cultures intercalaires.

L’état phytosanitaire du figuier dans le site d’Ouled frej montre trois problèmes principaux: les acariens tétranyques qui s’attaquent aux feuilles et aux fruits, la cochenille, surtout Ceroplastes rusci, qui cause des dégâts remarquables sur les rameaux et affaiblit l’arbre et la mouche de figuier qui attaque les fruits. Les moyens de lutte utilisés sont à base de pesticides. Dans les zones de Zoumi et de Bouhouda, les figuiers sont sujets à des attaques par des cochenilles, durant le mois d’août, sur les feuilles, l’écorce et les fruits par une sécrétion cireuse de couleur blanc-rosée. Aucun traitement phytosanitaire n’est utilisé contre ce parasite qui affaiblit l’arbre et diminue la qualité des fruits. Dans toutes les régions, on remarque la présence des mousses et des lichens sur les rameaux et l’écorce des arbres, seuls les agriculteurs d’Ouled frej les traitent en utilisant la chaux comme moyen de lutte.

La taille d’entretien est pratiquée par la quasi-totalité des agriculteurs enquêtés, durant la période décembre-janvier.

L’opération de caprification, opération nécessaire pour la quasi-totalité des variétés, s’étend de mi-mai à mi-juin à Ouled Frej, et du début juin au début juillet dans les autres sites. Les agriculteurs suspendent dans chaque arbre de figuier 2 à 6 chapelets de 2 à 6 caprifigues (à Bouhouda les agriculteurs utilisent 2 à 15 chapelets portant 2 caprifigues) enfilées sur un brin de palmier nain ou une ficelle plastique ou dans un seau, la quantité moyenne des caprifiuges utilisées est de 4 kg/arbre. Cette opération est répétée 2 à 3 fois espacées d’une semaine entre deux caprifications successives. La quantité moyenne des caprifigues utilisée est de 1,5 kg/arbre à Zoumi, 0,35 kg/arbre à Beni Ahmed et à Bouhouda.

Le profil variétal des caprifiguiers se compose de ‘Bousbiba’ (92% ) dans le site d’Ouled frej, ‘Baida’ (60%) et ‘Zarka’ (40%) dans le site de Zoumi, ‘Lahlou’(74%) et ‘L’mar’ (26%) à Beni Ahmed, ‘El miri’ (39%), ‘Mart Sbih’ (26%), ‘Hmimar’ (22%) et ‘Hlib’ (13%) à Bouhouda.

Le rapport nombre de caprifiguiers/ nombre de figuiers est de 2,6% à Zoumi, 2,3% à Beni Ahmed, 1% à Ouled Frej et 0,85% à Bouhouda. La période de maturité des caprifigues s’étend de mi-mai au début juillet. En cas d’insuffisance des caprifigues produites localement, les agriculteurs procèdent à l’achat des caprifigues pour assurer la réussite de la pollinisation des figues d’automne. Le prix moyen d’achat au kg est de 32 dh à Ouled frej, 10 dh à Zoumi, 17 dh à Beni Ahmed et 37 dh à Bouhouda. L’approvisionnement en figues se fait à partir des marchés locaux de chaque région.

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