Les Bronchopneumonies Infectieuses Enzootiques (BPIE) des bovins: Approche curative et préventive

SYMPTÔMES ET DIAGNOSTIC

Selon la prédominance de tel ou tel agent infectieux on constatera:
• De l’inappétence voire de l’anorexie,
• De la toux,
• L’augmentation de la température rectale,
• De la polypnée et de la tachycardie,
• L’écoulement nasal, d’abord clair puis muco-purulent ou franchement purulent.
La mort n’est pas exceptionnelle dans certaines formes suraiguës.
Ces observations sont souvent évaluées par un score clinique sur la base de la sévérité des signes et des symptômes relevés comme dans la classification de Lekeux et Coghe (2004) qui propose quatre stades:
• Stade 1: Maladie subclinique,
• Stade 2: Maladie clinique compensée,
• Stade 3: Maladie clinique non compensée,
• Stade 4: Maladie clinique irréversible.
Les méthodes comme celle-ci sont utilisées pour instaurer un traitement adéquat, sans présomption de l’agent pathogène en cause (Perino and Hunsaker, 1997).

Dès le 2ème ou 3ème jour de la maladie, les lésions pulmonaires deviennent importantes et parfois irréversibles, sous forme de foyers congestifs plus ou moins purulents pour les lésions bactériennes, ou sous forme de foyers emphysémateux pour certaines lésions virales.

Le diagnostic clinique est relativement facile à poser. Le diagnostic étiologique est, par contre, plus difficile car les symptômes ne sont pas spécifiques d’un agent causal donné. Seules l’autopsie des animaux morts et les analyses de laboratoire, souvent indispensables, permettront de cerner les vraies causes des troubles observés.

TRAITEMENT

Le traitement curatif proprement dit a pour objectifs de lutter contre les conséquences de l’inflammation et de maîtriser une éventuelle infection ou surinfection bactérienne. Il dépendra de la nature de l’atteinte et du stade d’évolution. Il est basé sur l’utilisation d’anti-inflammatoires, et en cas de nécessité d’antibiotiques, voire de tonicardiaques et de diurétiques.

Le traitement anti-infectieux reste important dans tout schéma thérapeutique curatif en cas de surinfection bactérienne. Du point de vue du praticien, la réussite d’un traitement signifie la réduction des symptômes et des signes cliniques dans des délais raisonnables (24-48h). Elle est souvent attribuée, parfois à tort, à la seule efficacité de l’antiinfectieux utilisé, alors qu’en réalité plusieurs facteurs contribuent au succès ou à l’échec du protocole thérapeutique choisi, comme, entres autres, la précision du diagnostic, la précocité du traitement, le choix de l’antibiotique par rapport aux germes présumés responsables, ainsi que les propriétés pharmacocinétiques et pharmacodynamiques des molécules en question (Thomson and White, 2006). Il est nécessaire de rappeler que la réussite d’un traitement anti-infectieux est également conditionnée par l’amélioration des conditions d’élevage des animaux traités (e.g. gestion du problème des courants d’airs et du confinement, etc.).

La précision du diagnostic

Dans la plupart des cas le diagnostic des BPIE est posé sur la base des seuls critères cliniques (Température, jetage, toux etc..). Ces critères sont jugés insuffisants pour préciser l’étendue des lésions, leur nature et encore moins leurs étiologies (Bryant et al., 1999; Taylor et al., 2010a, 2010b). A cet égard, il est intéressant de signaler que même le diagnostic microbiologique a montré ses limites, particulièrement dans les infections bactériennes, et que seul le bilan lésionnel de l’autopsie permet de préciser la nature de la pneumonie lorsqu’elle est avérée (Allen et al., 1992; Thomas et al., 2002).

Choix de l’anti-infectieux

L’arsenal thérapeutique en matière de traitement curatif des BPIE est large. Pas moins de cinq familles d’antibiotiques sont à la disposition du clinicien et de nombreux essais documentés existent pour le choix de tel ou tel antibiotique (Tableau 1). Il est néanmoins très difficile de prédire l’efficacité d’une molécule par rapport à une autre en se basant sur des essais terrains souvent incomparables sur les plans des objectifs et des méthodes suivies pour les réaliser. Selon la Liste CIA OMS (2017) et Lignes Directrices de l’OMS (2017) pour l’utilisation chez les animaux de rente destinés à l’alimentation humaine des antimicrobiens important pour la médecine humaine (2017), les bêtalactames, les tetracyclines, les phénicolés et les macrolides sont des antibiotiques de choix pour un traitement en première et deuxième intentions. Les fluoroquinolones et cépahlosporines de la 3ème et 4ème génération devraient être réservés exceptionnellement aux traitements de dernier recours. Le vétérinaire optera pour la molécule adéquate sur la base de ses suspicions, basées sur sa connaissance des élevages et par les expériences accumulées, et, quand les conditions s’y prêtent, sur la base des résultats de la nécropsie voire d’un bulletin d’analyse microbiologique (bactériologie, virologie, PCR, etc). Idéalement le choix de l’antibiotique doit sur faire conformément à l’évaluation in vitro de la susceptibilité du germe responsable de l’infection par la réalisation d’un antibiogramme et ou la détermination des CMI. Sur le vivant, plusieurs techniques de prélèvement d’échantillons en vue d’analyses microbiologiques peuvent être envisageables (e.g. écouvillonnage nasal profond, aspiration transtrachéale, lavage bronchoalvéolaire, etc.). Le choix des animaux à prélever doit être le mieux représentatif possible tout en privilégiant les animaux en début d’évolution (e.g. début d’hyperthermie). Les conditions de cheminement des prélèvements au laboratoire doivent être maîtrisées et les résultats obtenus interprétés prudemment en tenant compte de tous les éléments suscités.

D’autres critères, aussi importants que la sensibilité in vitro, doivent être pris en considération lors du choix d’un antibiotique comme les propriétés pharmacocinétiques et pharmacodynamiques de la molécule, les délais d’attente, la voie d’administration, les effets secondaires et le coût du traitement.

Précocité du traitement

La précocité et le choix de l’anti-infectieux lors du traitement de première intention permettent d’avoir un taux de réussite acceptable (>80 %). Or, la dite précocité est conditionnée par les signes et symptômes cliniques relevés qui doivent être objectifs et précoces également. En effet, il a été montré que les animaux à risque de faire une BPIE pouvaient montrer des élévations de température, prise à l’aide de bolus intra-ruminaux ou par thermographie infrarouge, 4 à 6 jours avant le début des premiers symptômes respiratoires plus tardifs, (perte d’appétit, larmoiement, écoulement nasal, etc.) (Duff et al., 2000; Schaefer et al., 2007). Plusieurs seuils de température ont été proposés (39,5°C à 40°C) pour discriminer les animaux en incubation des animaux sains sans qu’aucun consensus puisse être dégagé (Duff et al., 2000). Cependant, une température de 39,7°C est considérée comme étant le seuil thermique qui précède souvent les premiers signes des BPIE. La prise de température doit être réalisée sur des animaux au repos.

Antibiothérapie ciblée

Les pasteurellaceae sont les germes les plus isolés en matière de BPIE, en conséquence, pour un traitement empirique, faute de test de sensibilité, la molécule de choix doit être théoriquement efficace contre ces bactéries. Néanmoins, il faut également tenir compte des germes pathogènes associés, particulièrement Mycoplsama bovis, dont le rôle et l’implication dans les BPIE est encore sujet à discussion. En effet, Mycoplasma bovis peut agir seul ou en s’associant à d’autres pathogènes pour initier une BPIE (Caswell et al., 2010). Comme ils sont dépourvus de paroi, les mycoplasmes sont naturellement résistants aux bêtalactames. Ainsi, lorsqu’une composante mycoplasme est suspectée, l’antibiotique choisi doit être efficace contre ces bactéries. Trueperella pyogenes et les salmonelles (Salmonella typhimurium et S. dublin) sont également isolées lors de BPIE (Autio et al., 2007). Une attention particulière devrait être également accordée à tous ces agents de complications afin d’éviter l’échec thérapeutique.

Schéma thérapeutique

L’état actuel des connaissances permet de recommander un traitement de 3 à 5 jours (ou de continuer le traitement 48 h après la rémission des signes et symptômes cliniques) pour les antibiotiques à administration quotidienne. Pour les spécialités longue action, 72 heures en moyenne, il est préférable de répéter l’administration selon les recommandations décrites dans l’autorisation de mise sur le marché (AMM). Certaines spécialités de durée d’action très longue allant de 7 à 10 jours ne nécessitent qu’une seule injection e.g. macrolides nouveaux. Cependant, certains antibiotiques concentration dépendants comme les fluoroquinolones peuvent être utilisés, par voie intraveineuse, en une injection unique selon le concept ‘Single Injection Short Acting Antibiotic’ ou SISAAB), développé pour les maladies respiratoires bovines aiguës. Il s’agit d’une administration à forte dose pour minimiser le risque d’antibiorésistance. Lorsqu’une mycoplasmose associée est suspectée, il est généralement admis que le traitement doit être plus long (10 jours, voire plus) sans qu’aucune durée précise ne fasse consensus (Godinho et al., 2005).

En règle générale, lors du traitement de première intention, le taux de réussite attendu devrait atteindre plus de 80 % (Perino et Hunsaker, 1997; Schelcher et Valarcher, 1999). Les signes et symptômes cliniques devraient en principe s’améliorer en 24 à 48 h. Passé ce délai, et si aucune amélioration n’est observée, un antibiotique alternatif doit être proposé. Le traitement des animaux sévèrement atteints (score 4) et des cas chroniques est souvent décevant et la réforme doit être rapidement envisagée.

Traitement anti-inflammatoire

L’inflammation qui accompagne les maladies infectieuses respiratoires est une donne importante dont il faut tenir compte dans tout schéma thérapeutique. En effet, les germes impliqués provoquent des complications fort préjudiciables à l’efficacité du traitement et à la reprise de la fonction respiratoire normale. A titre d’exemple, la leucotoxine de Manheimia haemolytica, cytotoxique pour les granulocytes, et le LPS (lipopolysacharaide) contribuent à une exsudation de fibrine et une thrombose vasculaire avec comme conséquence une mauvaise diffusion de l’antibiotique au niveau du foyer infectieux. Ces complications peuvent être réduites par l’utilisation des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), les glucocorticoïdes étant à éviter en raison de leurs effets immuno-suppresseurs. Les AINS sont également antipyrétiques et analgésiques et permettent de ce fait à l’animal malade de reprendre rapidement une activité normale (reprise d’appétit, reprise de croissance) et au final un résultat zootechnique appréciable (Guzel et al., 2010; Lockwood et al., 2003; Wallemacq et al., 2007). En pratique, l’administration des AINS se fait généralement en une injection unique au moment de l’antibiothérapie.

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