Valorisation de l’eau d’irrigation par les productions végétales dans les grand périmètres irrigués au Maroc

Niveaux actuels de valorisation de l’eau d’irrigation par les productions végétales

Une intensification agricole assez moyenne et un assolement équilibré

L’analyse des réalisations des cinq dernières années en matière de superficies cultivées montre une intensification insuffisante de la production puisque le taux d’intensification cultural (rapport de la superficie totale cultivée au cours de la campagne par la superficie totale équipée) ne dépasse guère les 100% pour l’ensemble des 9 grands périmètres irrigués du Maroc. Le taux prévu initialement était en moyenne de 120%.
Loin des prévisions notifiées dans les différents projets d’aménagements hydro-agricoles, ce taux témoigne d’une sous-utilisations des équipements et aménagements mis en place. Ce gap en matière d’intensification est l’équivalent de 200.000 hectares irrigués et donc une valeur de la production de près de 3,2 milliards de Dirhams dont 1,87 milliards de Dirhams de Valeur Ajoutée.

Le taux d’intensification cultural est très variable selon les périmètres irrigués.

A l’exception du périmètre des Doukkala qui réalise une intensification de 121%, et du Tadla avec 105%, les autres périmètres réalisent des performances inférieures à la moyenne (99%). Les deux périmètres de Ouarzazate et Tafilalet constituent des cas particuliers à cause de la pratique des cultures sous étage.

Cette dernière pratique ne peut être considérée comme étant une intensification agricole puisque les cultures sont pratiquées en même temps sur la même parcelle, ce qui se répercute négativement sur leur productivité. Une intensification proprement dite consiste en la mise en culture successive de deux ou plusieurs cultures sur la même parcelle, l’une après l’autre, mais jamais, en même temps.

L’examen des cultures pratiquées dans les grands périmètres irrigués permet de constater un assolement relativement équilibré et diversifié.

La structure de l’assolement permet de comprendre le faible niveau de l’intensification agricole puisque, d’une part, il y a une forte présence de l’arboriculture fruitière (30%) ainsi que celle des céréales avec 38%, et d’autres part, on note une faible présence des cultures à cycle court comme les cultures maraîchères. Cet équilibre trouve sa justification dans la limitation des disponibilités réelles en eau d’irrigation (liée aux problèmes du tour d’eau et la gestion de gros systèmes d’irrigation) et dans des contraintes techniques et socio-économiques.

Une productivité relativement faible

Les niveaux des rendements réalisés dans les grands périmètres irrigués sont relativement faibles et très variables d’un périmètre à l’autre et à l’intérieur du même périmètre entre les exploitations agricoles dont les niveaux de technicité sont très différents.

La large variabilité des rendements réalisés pour chaque culture montre des niveaux très différents d’extériorisation du potentiel productif entre les 9 grands périmètres irrigués (GPI).

Des performances macro-économiques assez importantes

Les GPI constituent près de 9% de la Superficie Agricole Utile du Maroc et consomment près de 4,2 milliards de m3 d’eau d’irrigation par an, réparties entre 2,5 milliards m3 à partir des eaux de surface et 1,7 milliards m3 à partir des eaux souterraines.

Les productions végétales issues des GPI ont une valeur annuelle moyenne de 12,6 milliards Dirhams, soit 16.000 Dh/ha (8.000 à 29.000 DH/ha selon les périmètres). La valeur ajoutée de ces productions est de 7,5 milliards Dh, soit 30 à 50% de la Valeur Ajoutée globale des productions végétales à l’échelle nationale, selon l’année climatique.

Les productions végétales dans les GPI contribuent aussi à la création d’emplois dans le milieu rural avec 56 millions de journées de travail direct (70j/ha/an), soit l’équivalent de 280.000 emplois permanents, et ce, en plus des emplois indirects créés par les activités liées à l’amont et l’aval des productions végétales (approvisionnement en intrants et services agricoles, commercialisation, transformation et conditionnement des productions).

Un volume de consommation d’eau assez élevé

La consommation en eau en tête de parcelle par hectare se situe autour de 5.500 m3/ha en moyenne et varie entre 3.200 m3/ha dans le périmètre du Haouz et 9.000 m3/ha dans le périmètre du Loukkos. Ceci montre une répartition inégale de la ressource et reflète dans une certaine mesure les performances réalisées dans les différents GPI.

Cette consommation varie aussi en fonction des cultures pratiquées de 3.000 m3/ha pour le blé à 16.000 m3/ha pour la luzerne. Cette variation importante amène à poser des questions fondamentales quant aux choix des cultures dans les GPI et les mesures prises dans le cadre de l’adéquation entre les ressources disponibles et le raisonnement de l’assolement dans ces périmètres.

Une valorisation de l’eau d’irrigation généralement faible et très variable selon les périmètres et selon la culture considérée

Les niveaux de valorisation de l’eau d’irrigation sont très variables d’un périmètre à l’autre. La valeur de la production par m3 d’eau d’irrigation consommée est de 22 Dh/m3 dans le périmètre du Souss-Massa et n’est que de 1,7 Dh/m3 dans le Loukkos. La moyenne des GPI est de 2,8 Dh/m3.

La Valeur Ajoutée est de 2,4 Dh/m3 dans le Souss-Massa et de 1 Dh/m3 dans le Loukkos. La moyenne des GPI est de 1,7 Dh/m3.

Les productions végétales valorisent différemment le mètre cube d’eau d’irrigation. Les primeurs sont les plus valorisantes avec une valeur de production de 22 Dh/m3, dont 10,6 Dh/m3 de valeur ajoutée et 11,4 Dh/m3 de consommations intermédiaires. Toutes les autres cultures ne dépassent guère 3 Dh/m3 de valeur de la production ou 1,7 Dh/m3 de valeur ajoutée.

En matière de création d’emploi, les productions végétales permettent de créer en moyenne 13 journées de travail par 1.000 m3 d’eau d’irrigation consommée.