Effet de l’irrigation sur la reprise des jeunes plants d’arganier après transplantation au terrain

RÉSULTATS

Conditions climatiques

Durant les deux compagnes d’expérimentation, les périodes de précipitation se concentre durant les trois mois de décembre à février avec un cumul de 196,4, 80,8 et 398 mm respectivement pour les sites de Taksbite, Anzad et Tinzert durant la compagne 2009. Dans le même ordre des trois sites, ce cumul pluviométrique a enregistré un taux d’accroissement de 45, 21 et 15 %. Durant la période estivale, les températures maximales dépassent 40°C et la demande climatique est à son pic (ETP > 8 mm/j) (Tableau 3 et Figure 2).

Situation des plants d’arganier sur la parcelle expérimentale

Le taux de manquants reste très élevé après la transplantation des plants d’arganier même en période humide et la tenue des irrigations. Ce taux a varié de 66,8 jusqu’à 100 % respectivement pour les sites d’Anzad, Taksbite et Tinzert (Tableau 4, Figures 3, 4 et 5).

Dans ces conditions ont a été obligé de refaire une deuxième transplantation pour les deux sites Taksbite et Tinzert. En effet, durant les deux compagnes 2009 et 2010, le taux de manquants était compris entre 40 et 80 % pour le site Taksbite, entre 50 et 80 % pour Anzad et enfin entre 5 et 50 % sur Tinzert.

Ce taux très élevé de manquants est expliqué en grande partie par la qualité médiocre des plants à la transplantation. Âgés de 4 mois, ils présentent un système racinaire chétif et fragile ce qui les rend vulnérables au choc de transplantation. De plus, leur taille très faible (4 cm) les expose aux attaques des ravageurs, rongeurs et des phénomènes d’ensablement.

Un autre facteur très déterminant, la disponibilité en eau en quantité suffisante et au moment opportun. Pour ce faire, nous avons proposé d’installer des bassins d’eau couverts de plastique d’une capacité de 3000 litres chacun au milieu des aires de plantation et recruter un ouvrier pour chaque bassin et par unité de surface pour assurer les opérations d’irrigation aux moments d’appoint.

Site Taksbite

L’analyse statistique a montré un effet très hautement significatif de la deuxième fréquence d’irrigation (1 mois) sur la longueur entre-nœud des plants d’arganier (P=0,0001) 7,28 ± 0,56. Cependant, aucune différence significative n’a été révélée pour les autres paramètres sous les différents niveaux de la dose et fréquence d’irrigation. Selon le test de comparaison des moyennes de Tukey avec un intervalle de confiance de 95 %, la deuxième dose d’irrigation (16 l/plant) correspond à la dose idéale pour une bonne performance de la majorité des paramètres mesurés (Tableau 5).

Les résultats ont montré que les paramètres dendrométriques des plants d’arganier ont répondu différemment aux régimes hydriques et fréquences. En effet, le nombre de rameaux et le diamètre apical de la tige n’étaient pas sensibles aux traitements hydriques, ils ont enregistré des valeurs moyennes de 5,65 ± 1,57 et 5,33 mm ± 2,48 mm pour le nombre de rameaux respectivement sous la dose 2 et la fréquence 1. Quant au diamètre apical, son maximum était de 1,12 mm ± 0,11 mm et 1,12 mm ± 0,12 mm respectivement sous la dose 2 et la fréquence 3. La longueur de la tige a accusé une évolution importante par rapport au témoin de 27,7% sous la fréquence 1 et la dose 3 avec une moyenne de 18 cm ± 3 cm. La réponse de la longueur entre-nœud était hautement significative avec une moyenne de 7 mm ± 0,5 mm et une augmentation par rapport au témoin de 122, 113 et 91% respectivement sous les doses 1, 2 et 3 et la fréquence 2. Enfin, le nombre de feuilles et le diamètre basal ont affiché une évolution respective de 19,7 (84,8 ± 40,7) et 11,7 % (4,39 mm ± 0,89 mm) par rapport au témoin sous la dose 2 et la fréquence 1 (Figure 6a, 6b et 6c).

Site Anzad

Sur ce site, l’analyse statistique a montré une différence très hautement significative du nombre de feuilles (20,8 ± 2,32) et significative du diamètre apical de la tige (0,94 ± 0,06) sous la fréquence 1 d’irrigation (1 mois). De même, la fréquence 2 (2 mois) s’est montrée significative pour le nombre de rameaux (2,48 ± 0,43) et la longueur de la tige (10,5 ± 1,37). Ainsi, le test de comparaison des moyennes a permis de justifier le choix de la dose 2 d’irrigation (36 l/plant) comme le meilleur régime hydrique qui a influencé significativement le maximum de paramètres dendrométriques (Tableau 6).

Sur ce site, seuls les paramètres nombre de rameaux et longueur entre-nœud ont manifesté une évolution positive par rapport au témoin de 25,42% (2,48 ± 0,43) et 39,8 % (3,7 mm ± 0,9 mm) respectivement pour les deux paramètres sous la dose 1 et 2 de la fréquence 2. Cependant, les autres paramètres ont montré une réponse significative aux régimes hydriques avec des valeurs moyens de 10,4 cm ± 2,1 cm, 0,9 mm ± 0,1 mm et 2,3 mm ± 0,3 mm respectivement pour la longueur de la tige, le diamètre apical et basal de la tige. En dernier lieu, le nombre de feuilles qui a montré une différence hautement significative sous la fréquence 1 et la dose 2 en moyenne 20,73±2,32 (Figure 7a, 7b et 7c).

Site Tinzert

D’après le tableau 7, la fréquence 2 d’irrigation (2 mois) a influencée significativement la longueur de la tige (21,02 ± 2,79), la longueur entre-nœud (2,48 ± 0,22) et le diamètre basal de la tige (0,58 ± 0,22). Ces résultats ont classé la dose 2 d’irrigation (35 l/plant) comme niveau du régime hydrique le plus déterminant pour une meilleure reprise de jeunes plants d’arganier.

D’après les analyses statistiques, nous avons observé un effet significatif des régimes hydriques sur la longueur de la tige (21,02 cm ± 2,79 cm), la longueur entre-nœud (2,48 mm ± 0,22 mm) et le diamètre basal de la tige (3,58 mm ± 0,22 mm) avec une évolution par rapport au témoin de 68,0; 42,6 et 52,1% respectivement pour les trois paramètres sous la fréquence 2. Quant au nombre de rameau et diamètre apical de la tige, ils ont affiché une augmentation respective de plus de 120% (3 ± 0,1) et 30,9% (1,15 mm ± 0,12 mm) sous la fréquence 2 et 90,5% (64,8 ± 29,06) pour le nombre de feuilles sous la fréquence 3 (Figure 8a, 8b, 8c).

Généralement les apports d’eau ont amélioré significativement les paramètres dendrométriques des jeunes plants d’arganier avec une légère différence inter et intrasite. Cette différence est due principalement à la qualité des plants à la transplantation, la date de transplantation et la bonne gestion de l’irrigation. En effet, on peut classer la réussite de la transplantation par sites en fonction de ces indicateurs comme suit, Taksbite, Tinzert et enfin Anzad (Figure 9).

Ces résultats ont montré également que les doses et les fréquences recommandées respectent les facteurs édaphiques pour chaque site. Ainsi, le sol de taksbite caractérisé par une texture sablonneuse et caillouteuse avec une faible réserve utile (0,6 mm/cm) a besoin d’une irrigation fréquente à faible dose. Contrairement à la texture du sol des deux autres sites Anzad; sablo-limoneuse et Tinzert; sablo-argileuse avec une réserve utile plus importante (1,38 et 1,34 mm/cm), il a besoin des irrigations moins fréquentes à des doses assez suffisantes.

CONCLUSION

A partir de ce travail, nous avons retenu que la bonne gestion de l’irrigation est un facteur clé pour la réussite de la reprise de jeunes plants d’arganier après transplantation au terrain. Néanmoins, un certain nombre de facteurs d’hétérogénéité en relation directe avec la qualité des plants d’une part et les conditions du milieu de transplantation d’autre part sont à considérer. En d’autres termes, cette expérimentation doit être conduite en conditions contrôlées afin d’annuler toute source d’hétérogénéité et pour vérifier les résultats obtenus.

Le matériel végétal reste le facteur le plus déterminant dans le succès de jeunes plantations d’arganier à côté de l’ensemble des facteurs de production. Sa caractérisation et multiplication doivent être initiées dans son aire écologique pour l’évaluer ensuite sur d’autres sites.

En perspective de recherche, la tolérance de jeunes plants d’arganier au stress est une voie prometteuse de recherche à suivre puisque nous avons toujours des sujets résistants qui arrivent à s’adapter aux conditions défavorables du milieu.

Enfin, toute technique permettant d’améliorer la capacité d’adaptation au stress des jeunes plants après transplantation aura une importance capitale dans la réussite de la reprise de jeunes plantations au terrain.

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Source sur Revue Marocaine des Sciences Agronomique et Vétérinaires et ficher PDF
https://www.agrimaroc.org

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