Compostage et Valorisation du Compost: Pratiques d’une agriculture durable

Comment peut-on contrôler le processus de compostage ?

Comment peut-on contrôler le processus de compostage ?

Le compostage est un processus biochimique de biodégradation des matières organiques sous l’action d’une série de micro-organismes décomposeurs dont l’activité dépend d’un certain nombre de paramètres à maîtriser: température résultante de l’oxydation des substrats carbonés, humidité, taux d’oxygène lacunaire et pH. Le contrôle du processus de compostage ou monitoring du compostage revient à contrôler et à suivre ces paramètres dans le but d’assurer un bon déroulement du processus. Il existe un matériel portable spécifique qui permet de réaliser ce suivi.

Qu’est que la maturité d’un compost ?

Un compost mûr est un compost biochimiquement stabilisé et riche en substances humiques. Un degré de maturité élevé est atteint après un certain temps plus ou moins long (2 à 4 mois). En effet, même si on adopte des procédés permettant de gagner le temps au niveau des premières phases de compostage, la maturation est un processus long sur lequel on peut difficilement agir. Toutefois, le degré de maturité à atteindre dépend étroitement de l’objectif d’utilisation du compost. On peut même juger très avantageux un compost semi-fini ou de degré de maturité moindre pour certains types d’utilisation.

Quelle est la particularité du compost de déchets ménagers ?

Comme vous l’avez bien dit, le compost des déchets ménagers est un compost particulier. Mais avant de répondre à la question permettez-moi de souligner quelques aspects importants concernant les déchets ménagers au Maroc.

La production annuelle de déchets ménagers au Maroc dépasse aujourd’hui les 6 millions de tonnes et s’accroît à un taux élevé. Contrairement aux déchets des pays industrialisés, les déchets ménagers au Maroc se prêtent parfaitement au compostage grâce à la proportion importante (65 à 80 %) des matières fermentescibles. Les matières organiques représentent en moyenne 65 % mais peuvent atteindre 80 % dans les communes rurales et périurbaines. Le papier, occupant une proportion moyenne de 20 %, est aussi une excellente matière première pour le compostage grâce à son rôle en tant qu’agent structural et à sa teneur en carbone. Aussi, l’humidité élevée de ces déchets ne justifie pas le choix de la filière d’incinération. Ainsi, la filière de compostage permettra de réinsérer dans le sol des milliers de tonnes de matière organique avec une proportion significative de substances humiques. N’est-il donc pas aberrant de vouloir dans la majorité des cas opter pour la décharge ou l’incinération ?

Pour revenir à votre question, je peux dire que le processus de bioconversion des déchets ménagers demeure similaire à toutes les autres matières biodégradables. Aussi, les avantages du compost déchets ménagers restent comparables à ceux des autres composts. Toutefois, le compost des déchets ménagers urbains présente quelques risques liés aux teneurs en métaux lourds. Ainsi, pour éviter l’accumulation de certains métaux lourds notamment le Plomb, le Cuivre, le Zinc et le Cadmium dans les sols et leur passage dans les chaînes trophiques, l’utilisation de ce compost exige des précautions particulières. Toutefois, dans certaines communes rurales ou périurbaines, où la proportion de matières fermentescible est élevée, on peut obtenir un compost à faibles teneurs en métaux lourds, surtout lorsqu’on maîtrise les opérations de tri à la source. Pour ce cas, l’addition de certains agents structuraux s’avérera nécessaire.

Y a-t-il des normes de qualité du compost ?

Si vous voulez parler de normes universelles de qualité, ils existent. L’application de ces normes et leur adaptation au contexte local font défaut. Le compost se caractérise des critères et normes de qualité qui concernent un certain nombre de paramètres: C/N, humidité, porosité, granulométrie, teneur en éléments nutritifs, teneur en substances humiques, teneur en substances nocives (sels, agents pathogènes, métaux lourds) …etc.

L’adoption de ces normes obligerait les fabricants à mettre sur le marché des produits bien libellés et répondant aux directives requises. En effet, les composts actuellement commercialisés ne sont pas jugés sur la base de ces directives et ne présentent pas une constance dans leur composition et leurs caractéristiques physiques. Aussi, les notices qui leur sont associées présentent quelques anomalies: (i) la liste des paramètres analysés et l’expression des unités ne sont pas standards, (ii) la signification attribuée aux paramètres analysés est souvent aberrante et (iii) les méthodes d’analyses sont différentes; la plupart des laboratoires adoptent les mêmes méthodes d’analyse et les mêmes interprétations des teneurs en éléments nutritifs que celles utilisées pour les sols. La nécessité d’une mise au point de ces aspects et l’instauration de directives de qualité se justifie encore davantage lorsqu’il s’agit de compost de déchets ménagers. Beaucoup reste à faire dans ce domaine.

Propos recueillis par Prof. Ahmed Bamouh