Multiplication de l’arganier par bouturage

Les résultats relatifs au bouturage effectué le 25 décembre 1997 sont représentés dans le tableau 1, voir fichirer pdf.

Le tableau montre que le pourcentage d’enracinement atteint au bout de 4 mois est différent selon les rejets et varie de 21 à 64 %. Toutefois, le rejet 2 a présenté un taux de cal assez important qui aurait pu augmenter le pourcentage d’enracinement si les boutures avaient été laissées plus longtemps. Le taux de pourriture est par contre relativement élevé, le rejet qui s’est le moins enraciné ayant le taux le plus important.

Le tableau 2 (voir fichier pdf) donne les résultats relatifs à au bouturage effectué le 16/02/98 avec l’utilisation de l’AIB.

Les résultats du tableau 2 montrent que l’AIB a un effet promoteur sur la rhizogénèse chez l’arganier mais jusqu’à une certaine limite en ce qui concerne la concentration. En effet, 500 et 1000 ppm ont amélioré l’enracinement chez les boutures des 3 rejets alors que 2000 ppm n’a pas montré d’action promotrice nette mais plutôt un effet inhibiteur chez le rejet 2. La concentration optimale pour les rejets étudiés serait donc 1000 ppm. Cette dose induit un taux de pourriture relativement faible en comparaison avec les autres traitements. Il est à noter que chez le rejet 1, le moins apte à l’enracinement, 1000 ppm d’AIB a induit un taux de cals élevé (35,7 %) suggérant ainsi que le potentiel rhizogène a été amélioré.

Les résultats relatifs à l’effet de la saison sur le bouturage de l’arganier sont montrés dans le tableau 3. La comparaison de ces résultats avec ceux du tableau 1 montre que le bouturage effectué au mois de mai permet d’obtenir un taux d’enracinement assez élevé (tableau 3, voir fichirer pdf).

Le tableau 3 montre que l’enracinement a dépassé 50 % pour les 3 rejets étudiés avec le rejet 3 qui atteint 90 %. Durant les 7 mois que l’essai a duré, les boutures ont dépassé le triple de leur longueur initiale pour tous les rejets. Le nombre de racines produites par bouture était différent selon les rejets mais sans différence significative. Par contre, le poids sec des racines et de la partie aérienne était plus important chez les boutures qui avaient plus d’aptitude à l’enracinement. Ceci peut s’expliquer par le fait que ces dernières, s’étant enracinées assez vite, ont pu entamer leur croissance plus tôt que les autres et ont donc produit plus de biomasse. En ce qui concerne la qualité des racines, toutes les boutures ont d’abord produit plusieurs racines, grosses et plutôt fragiles. Les racines secondaires ont été produites ultérieurement. Il est à rappeler que la production d’un chevelu racinaire bien fourni représente un bon atout pour la manipulation des boutures lors des opérations de rempotage et de transplantation. Il est à noter aussi que le taux de pourriture observé était faible; il n’a pas atteint 7 % chez les boutures les plus affectées (celles ayant le taux d’enracinement le plus faible).

Ces résultats montrent que l’arganier est une plante qui requiert des conditions particulières pour sa multiplication par bouturage. Il s’agit tout d’abord de disposer de matériel végétal jeune ou rajeuni et de le placer ensuite dans des conditions d’hygrométrie et de température élevées (humidité supérieure à 70 % et température aux alentours de 30 °C). Les conditions d’humidité relative élevée sont nécessaires pour maintenir les boutures vivantes jusqu’à l’émission des racines. En effet, l’enracinement ne commence qu’à partir de 45 jours même chez les rejets les plus aptes à la rhizogénèse. La saison du bouturage a un effet sur l’enracinement avec une augmentation du taux d’enracinement et une réduction de la pourriture. Les conditions de température élevée ont certainement induit la rhizogénèse tout en réduisant l’excès d’eau au niveau des boutures.

Les taux d’enracinement obtenus lors de ces essais montrent qu’il existe une variabilité entre les arbres mais suggèrent que l’utilisation de la concentration optimale de l’AIB durant la bonne saison pourrait augmenter le taux d’enracinement. Cette étude montre qu’en plus des conditions physiologiques et du potentiel génétique, les problèmes du bouturage sont nombreux et doivent être maîtrisés. En plus d’un bon choix de la bouture (âge, potentiel génétique, position sur l’arbre, saison de bouturage, etc.), l’aération du substrat, le contrôle de l’humidité relative de l’air (ni excès, ni défaut) et de la température constituent les facteurs essentiels pour maintenir la bouture en vie jusqu’à l’émission des racines. Ceci est particulièrement applicable aux espèces difficiles à s’enraciner telles que l’arganier.

Comme le bouturage est une technique relativement facile à appliquer, il est recommandé de l’utiliser pour la propagation de sujets d’arganiers ayant des caractères désirables pour la regarnie de certaines zones déboisées ou dégradées. Toutefois, vu la variabilité du taux d’enracinement selon les individus, il est nécessaire de procéder à des essais préliminaires afin de déterminer les conditions optimales pour l’enracinement des boutures.

Prof. Harrouni M.C.
Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Agadir