Conduite alimentaire de la vache laitière

Période de début de lactation

Energie

La période la plus critique pour une vache laitière se situe entre le vêlage et le pic de lactation. En effet, avec le démarrage de la lactation, les besoins de la vache montent en flèche, suite à l’augmentation de la production laitière qui atteint son maximum à la 3ème ou 4ème semaine (fin du 1er mois) chez les faibles productrices, et à la 4ème et 5ème semaines chez les fortes productrices. Ces besoins représentent 3 à 6 fois ceux de l’entretien ou de la fin de gestation. Pour les satisfaire, la vache doit consommer des quantités d’aliments 3 à 4 fois supérieures à celles consommées par la vache tarie. Or, en fin de gestation et au vêlage, l’appétit de la vache est faible et n’augmente pas aussi rapidement que ses besoins: il n’atteindra son maximum que vers le 3ème mois ou le 4ème mois, époque à laquelle la lactation diminue de façon sensible. Un bilan énergétique négatif est alors observé en début de lactation (l’énergie apportée par la ration est inférieure à celle exportée dans le lait).

Les niveaux de déficit énergétique varient ainsi de 20 à 250 UFL environ au cours des 4 à 10 premières semaines de la lactation. Cette sous-alimentation inévitable des vaches en début de lactation nécessite qu’elles disposent de réserves (donc qu’elles soient en bon état corporel au vêlage) et qu’elles soient capables de les mobiliser. Cette capacité de mobilisation augmente avec le potentiel des animaux. Une vache en bon état corporel peut mobiliser de 15 à 60 kg de lipides selon son potentiel de production sans que le démarrage de la lactation ne soit perturbé, soit l’équivalent énergétique de 150 à 600 kg de lait.

L’intensité et la durée de mobilisation des réserves graisseuses doivent être limitées. En effet, si l’amaigrissement dépasse 1,5 points (sur une échelle de notation de l’état corporel allant de 1 à 5) durant les cinq semaines post-vêlage, les performances de production laitière et de reproduction chutent (Figure 1, voir fichier PDF).

La capacité de mobilisation des réserves protéiques est beaucoup plus réduite. Chez les vaches en bon état corporel et d’un potentiel de production élevé, elle ne peut pas dépasser 5 à 10 kg sans conséquence sur la production laitière, soit l’équivalent protéique de 105 à 210 kg de lait.

Outre sa richesse en énergie, la ration doit contenir suffisamment de fibres (minimum de 17% de fibres ou 19% d’ADF ou lignocellulose pour un bon fonctionnement du rumen et un lait présentant une teneur normale en matières grasses). Une quantité plus importante de fibres serait souhaitable si le fourrage est finement haché ou pelletisé. Une ration constituée de 40-45% de fourrage de bonne qualité et 55-60% de concentré peut fournir la quantité d’énergie nécessaire à la vache en début de lactation. Un niveau d’incorporation du concentré dans la ration supérieur à 60%, surtout si la quantité de fourrage ingérée est inférieure à 1-1.5% du poids vif de la vache risque de diminuer l’appétit de l’animal et de provoquer une chute du taux butyreux du lait.

L’utilisation de l’énergie par les vaches laitières dépend du profil fermentaire généré par l’aliment. En général, les rations qui engendrent un faible ratio acétate/propionate (tels que les concentrés) résultent en une formation de gras corporel au détriment des matières grasses du lait.

La quantité de concentré à distribuer après vêlage doit être augmentée graduellement (0,5 à 1 kg par jour) pour améliorer le niveau d’ingestion et éviter une chute de l’appétit de l’animal.

Du fait que le niveau d’ingestion de la vache est limité durant cette première phase de lactation (il passerait de 12 à 22 kg de MS pour une vache produisant 40 kg de lait), il serait opportun de distribuer des aliments plus digestibles et de haute valeur énergétique et/ou d’incorporer une faible proportion de gras (sans dépasser 5 à 6% de la MS totale) afin d’améliorer la densité énergétique de la ration. Le fourrage à distribuer aux vaches pendant cette période serait celui de la meilleure qualité disponible à la ferme.

Protéines

Les besoins des vaches laitières en protéines augmentent rapidement après le vêlage à cause de leur rôle dans la constitution du lait. Ces besoins peuvent être couverts en distribuant une ration riche en protéines (16% de MAT ou plus, à base de MS) durant les premiers mois, couplée avec une augmentation du niveau d’ingestion.

Si la mobilisation des réserves corporelles permet à la vache de combler le déficit énergétique, les réserves en protéines sont limitées (stockage d’une faible quantité dans le sang, foie, et muscles qui peut être utilisée en un temps court). Un déficit protéique chronique provoque une diminution de l’appétit de l’animal, résultant en un déficit en protéines et en énergie.

La nature des protéines pour les vaches laitières performantes, en leur début de lactation, est importante. Pendant cette phase, les protéines naturelles sont mieux valorisées que l’azote non protéique. Durant la deuxième moitié de la lactation, les deux sources d’azote peuvent être utilisées dans les rations qui ne nécessitent que 12-13% de MAT.

Durant la première phase de lactation, les besoins en protéines de la vache laitière dépassent de loin les quantités fournies par les micro-organismes du rumen (PDIM). Cet écart est d’autant plus important que l’animal est sous-alimenté en énergie ou son niveau de production est élevé. Le complément doit être apporté par des matières azotées non dégradées dans le rumen (PDIA). D’où l’intérêt de choisir des aliments concentrés riches en PDIA pour des vaches laitières en début de lactation. En parallèle, il est recommandé de réduire les apports en azote fermentescible.

Un excès d’azote fermentescible, non valorisé par les micro-organismes en protéines microbiennes, à cause de l’insuffisance de l’énergie ingérée, risque de se perdre voire même de provoquer une toxicité ou des problèmes de reproduction chez les vaches laitières. L’indicateur de cet excès est l’urée du lait, qui peut être mesurée par des bandelettes spécifiques. Des études ont montré que quand l’azote de l’urée au niveau du lait dépasse 19 mg/dl de lait, on assiste à une chute des performances de reproduction.

L’importance des protéines non dégradables (PDIA) dans l’alimentation des vaches laitières hautes productrices est bien documentée. Quand la quantité d’acides aminés absorbés au niveau de l’intestin grêle n’est pas suffisante, les vaches laitières performantes risquent de ne pas extérioriser tout leur potentiel de production même si les recommandations en protéines sont respectées. A titre d’exemple, une supplémentation en caséine a amélioré la production laitière de 5 à 7% et la quantité de protéines dans le lait de 10 à 15%.

Quand les acides aminés d’origine alimentaire sont absorbés au niveau de l’intestin, l’animal économise sur l’énergie utilisée pour transformer les protéines alimentaires en protéines microbiennes et sur l’azote qui risque de se perdre sous forme d’urée dans le cas d’une production accrue d’azote ammoniacal dans le rumen.

La dégradabilité des protéines dans le rumen est variable d’un aliment à un autre. Les fourrages verts ont une dégradabilité théorique moyenne de 73%, qui est augmentée par la conservation en ensilage direct, peu modifiée par l’ensilage avec conservateur et légèrement plus faible pour les foins. Elle est élevée pour les céréales (74-80%) et les graines oléagineuses et protéagineuses (85-90%). Celle des tourteaux est de 60-75%, qui peut être diminuée jusqu’à 35% par certains traitements (chaleur, traitement chimique) et plus particulièrement le tannage. Si la ration alimentaire de la vache haute productrice doit renfermer suffisamment de protéines non dégradables dans le rumen (PDIA), le rôle des protéines dégradables n’est pas moins important. Les deux types de protéines nécessitent d’être inclus dans la ration. Un excès d’un type de protéines peut affecter la production laitière et l’efficacité alimentaire de la vache.

Ainsi, un excès de protéines dégradables dans le rumen résultera en une accumulation de NH3 dans le rumen, qui sera absorbé et transformé dans le foie en urée, excrétée via les reins. Un excès de protéines non dégradables et un déficit en protéines dégradables dans le rumen résultera en une faible quantité de NH3 disponible pour les micro-organismes du rumen, entraînant une réduction de la synthèse des protéines microbiennes. On doit donc toujours combler les besoins en protéines quantitativement et qualitativement. Sur le plan qualitatif, 35% des protéines seront non dégradables pour éviter le pic d’ammoniac et d’urée, le stress et la sous-alimentation.

Minéraux

Les besoins des vaches laitières en calcium (Ca) et phosphore (P) augmentent substantiellement à partir du vêlage du fait que ces deux minéraux entrent amplement dans la composition du lait. L’inaptitude des vaches à s’adapter à cette grande demande peut leur causer la fièvre du lait. Une importante résorption du Ca et du P à partir des os peut avoir lieu pour combler le déficit en ces nutriments.

La disponibilité du Ca alimentaire pour l’animal est variable: le Ca provenant des sources inorganiques est plus disponible que celui des sources organiques. Parmi les sources organiques, le Ca de la luzerne est utilisé moins efficacement à cause de l’indigestibilité des cristaux renfermant le Ca (oxalate de Ca) qui peuvent représenter le tiers du Ca total de la luzerne.

D’importantes quantités de sodium (Na) et en chlore (Cl) sont sécrétées dans le lait. Il est donc nécessaire de fournir ces minéraux aux vaches laitières à raison de 0,18% Na ou 0,46% NaCl.

Les besoins en potasse (K) sont aussi importants à cause de son implication dans la composition du lait. Ces besoins s’amplifient avec le stress thermique. Une déficience en K peut résulter en une diminution de l’appétit des vaches et consécutivement une baisse de la production laitière. En général, les fourrages (sauf l’ensilage de maïs) contiennent suffisamment de K pouvant répondre aux besoins de la vache laitière. En situation de stress thermique, on peut envisager l’incorporation de mélasse (riche en K) dans la ration alimentaire des vaches laitières, à raison d’environ 1 kg par jour.

Vitamines

La supplémentation en vitamines n’a pas d’effet direct sur la production laitière; mais il existe des situations où il est recommandé de faire recours à des supplémentations: vitamine A lorsque les animaux ne reçoivent pas de vert, vitamine D lorsque les animaux ne sortent pas, et vitamine E quand le lait sent le rance. Les micro-organismes synthétisent les vitamines du groupe B. Cependant, quelques études ont mis en exergue l’intérêt de supplémenter les animaux en niacine qui a un effet positif sur la production laitière à travers une modération des effets de la cétose sur les vaches hautes productrices. Par ailleurs, la supplémentation en choline peut avoir un effet positif sur la teneur du lait en matières grasses lorsque la ration ne contient pas suffisamment de fibres.

Tampons

Quand la ration est riche en concentré ou en fourrage ensilé ou haché, le pH ruminal chute et des conditions d’acidose s’établissent. Une chute de l’appétit peut avoir lieu. L’adjonction de tampon dans de telles rations permettra d’augmenter le pH ruminal, créant ainsi un environnement plus favorable dans le rumen.

Prof. Abdelilah ARABA
Département des Productions Animales
Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Rabat

Activités du projet ConserveTerra

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