La race prolifique ovine D’man: Productivité et voies de valorisation en dehors de l’oasis

L’accroissement de la prolificité conduit à des agneaux moins vigoureux qui nécessitent une conduite améliorée

L’apparition de portées multiples induites par l’accroissement de la prolificité conduit inévitablement à des agneaux avec un poids à la naissance et une viabilité plus faibles (Figures 11 et 12, voir fichier PDF).

En outre, la faible production laitière de la brebis D’man et de sa croisée DT peut expliquer les faibles performances enregistrées par les agneaux. La faible production laitière implique, aussi bien en race pure qu’en croisement, que l’élevage de la femelle prolifique nécessite d’instaurer la pratique de l’allaitement artificiel pour les agneaux non-adoptés.

De même, la supplémentation d’agneaux dès la 3ème semaine par une alimentation solide est nécessaire pour atténuer le déficit nutritif et assurer une croissance appréciable chez les agneaux nés multiples. Cependant, si l’utilisation de la race D’man en croisement permet d’accroître en une génération ou deux la prolificité de 50 à 100%, son utilisation n’est avantageuse que si et seulement si la gestion des animaux prolifiques est capable d’extérioriser leur potentialités reproductives. En effet, pour maintenir la productivité élevée il est nécessaire d’instaurer une conduite améliorée durant la fin de gestation, à la mise bas et pendant l’allaitement.

Impact du développement des croisements intégrant le caractère prolificité de la race D’man

Le développement de l’utilisation en croisement de la race prolifique D’man permettrait certainement l’amélioration de la productivité et l’augmentation de la production de la viande ovine au Maroc. Il permettrait aussi de diversifier les schémas de production ovine et d’augmenter la diversité génétique à travers la création de nouvelles races synthétiques. En outre, l’utilisation de la D’man en croisement permettrait de dynamiser la production ovine:

– Au niveau des élevages de croisement, elle permettrait d’assurer une production à contre saison et de fournir des agneaux à des périodes où les prix du marché sont intéressants. En effet, la brebis DT serait alors un moyen d’intensification et ce en permettant une accélération du rythme de mise bas, comme dans le système de production de 3 agnelages en 2 ans.

– Au niveau des élevages de sélection oasiens, le développement de la production d’animaux croisés prolifiques générera un marché pour les mâles D’man sélectionnés et les femelles dans le cas des élevages intensifs. Le nouveau marché des béliers D’man nécessitera toutefois une production suffisante en géniteurs pour pouvoir approvisionner à la fois les élevages de sélection dans le berceau de la race et les élevages de croisement.

Par ailleurs, l’émergence d’une catégorie d’éleveurs organisés, chargés de produire les animaux croisés D’man x Timahdite, est la seule garantie pour l’intégration de la race D’man dans les schémas de production de la viande ovine en dehors de l’oasis. Ceci n’est possible qu’avec l’effort d’assistance et d’encouragement des pouvoirs publics.

Dr. Moussa EL FADILI,
Institut National de la Recherche Agronomique, Rabat