La bâche à plat: un effet serre à moindre coût et une meilleure barrière aux insectes

Limites d’emplois des bâches

Comme toute technique, celle de la bâche présente des limites à son utilisation. Les aléas climatiques imprévisibles peuvent anéantir les “effets bâches”. Si les résultats sont généralement positifs, ils peuvent être, dans des situations extrêmes, nuls voir négatifs. Parmi les exemples de situations négatives, on peut citer: les inondations en plein champ, la tempête, les gelées exceptionnelles et les températures trop clémentes.

Performances climatiques

Les principaux facteurs de variation sont la lumière, la température, l’alimentation en eau et le renouvellement de l’air. Pour améliorer la récolte, la précocité et le rendement, le producteur cherche à optimiser ces facteurs. Les bâches plastiques constituent certainement le moyen le plus simple et le moins coûteux de cette démarche.

La lumière

Une bâche neuve transmet la lumière avec une atténuation de 10 à 20% suivant les matériaux: 10% pour le polyéthylène, 10 à 15% pour le polypropylène et 15 à 20% pour le polyester. En cours de culture, cette atténuation peut atteindre 20 à 25% par suite de projection de terre, de dépôts de poussière et 35% lors d’un double bâchage. La lumière peut donc être un facteur limitant en jours courts, dans ce cas l’emploi d’une bâche neuve est certainement recommandée.

La figure 1 (Voir fichier pdf) montre que par journée claire, la transmission lumineuse sous bâche est seulement de 23 à 32 % pendant 1 à 2 h après le lever du soleil. Ce pourcentage augmente pour atteindre entre 14h et 15h une valeur maximale de l’ordre de 90%. Cette évolution s’explique par la présence sur le film, de gouttelettes qui persistent encore pendant une durée d’environ 4 à 5 heures après le lever du soleil.

Les températures

La bâche, par son effet “serre”, assure des gains de températures variables suivant les situations climatiques, les techniques de production et les bâches utilisées.

Par temps froid, le gain de température du sol et de l’air permet la continuité de la croissance des plantes malgré les températures extérieures basses. En Bulgarie, on a pu obtenir sous bâche une protection des fraisiers contre le gel (température de -4°C) pendant 5 jours. Sous l’effet du gel, les parcelles de pomme de terre abritées par la bâche en PE trouée n’ont subi que quelques brunissements sur la pointe des feuilles, tandis que la pomme de terre non couverte a été complètement détruite par la gelée.

Différents travaux ont déjà montré que cette technique procure un microclimat favorable aux cultures en favorisant notamment une meilleure croissance et une grande précocité de production.

La figure 2 (Voir fichier pdf) montre que les températures du sol à 10 cm de profondeur sous bâche sont supérieures de plus de 2°C à celles du témoin. Ceci s’explique par le bilan d’énergie du système bâche-air-sol-culture: l’énergie solaire captée est emmagasinée le jour et perdue, mais dans une moindre mesure, durant la nuit. Ce phénomène est accentué par le fait qu’il y a moins de convection, donc moins de pertes sous bâche qu’à l’extérieur. Ce phénomène peut s’expliquer par un bilan net positif dû essentiellement à l’effet de serre, confinement engendré par la couverture.

Les gains de température observés dans le sol peuvent être améliorés en augmentant la largeur de la surface couverte par la bâche. Par ailleurs, il faut aussi veiller au bon contrôle des mauvaises herbes sous bâche et utiliser un film opaque aux rayonnements infrarouges longs.

Lors des journées calmes et ensoleillées, les températures enregistrées sous bâche dans la région de Rabat ont été supérieures à celles du témoin non couvert (Figure 3) (Voir fichier pdf). Des résultats similaires ont été obtenus dans la région d’Agadir. Ce phénomène a déjà été rapporté dans de nombreuses études précédentes.

Par temps chaud, la perméabilité des bâches assure un certain renouvellement de l’air, de sorte que les hautes températures sont écrêtées. Contrairement aux autres techniques de forçage, la bâche ne nécessite pas d’intervention pour l’aération. Cependant, des échauffements sont à craindre par journée très ensoleillée. Sous le films PE perforés, 500 trous/m2 ne représentant que 4% d’aération.

Humidité de l’air

L’analyse des données obtenues permet de constater une élévation essentiellement nocturne de l’hygrométrie sous bâche. Les valeurs enregistrées ont été supérieures au témoin entre midi et 16 heures (Figure 4) (Voir fichier pdf). Une condensation de vapeur d’eau est observée sur la paroi interne du film tôt le matin car celle-ci est froide par rapport à l’air emprisonné sous la bâche. Cette eau s’évapore ou se restitue au sol sous forme de gouttelettes au cours de la journée. On a observé que ces gouttelettes disparaissaient progressivement entre 14h et 15h et pouvaient même persister pendant plusieurs jours lors des épisodes couvertes ou de journées pluvieuses.

L’eau

Elément du microclimat sous bâche, l’eau intervient à l’état de vapeur et de liquide. Le sol évapore de l’eau qui se condense sous le plastique. Cette eau est restituée au sol sous forme de gouttelettes, ce qui limite le dessèchement de surface. L’eau condensée renforce également l’effet serre procuré par les bâches, permet une économie d’eau (recyclage) et la création d’un microclimat favorable aux plantes, mais défavorable aux insectes (altises-pucerons).

Renouvellement de l’air

Le renouvellement d’air est permanent, l’air étant souvent en mouvement. Par temps calme, l’air circule par différence de densité (l’air chaud monte). Les perforations des films de PE ou la perméabilité de non tissés permettent un bon renouvellement de l’air. Ceci est intéressant non seulement pour éviter les taux excessifs d’hygrométrie mais aussi pour éviter l’abaissement du taux de CO2. Par vent faible, la bâche gonfle et ondule comme les vagues marines. Par vent violent, la bâche reflète les turbulences de l’air, elle est alternativement plaquée au sol et aspirée par l’air; il se produit un mouvement de battement qui est préjudiciable aux plantes.