Bulletin de liaison du Programme National de
TRANSFERT DE TECHNOLOGIE
EN AGRICULTURE


 

Délimitation des Zones à Vocation Pistachier
au Maroc

Résumé: Dans le présent travail, une carte représentant quatre zones potentielles pour la culture du Pistachier au Maroc a été établie. Ces zones longent la chaîne montagneuse de l'Atlas et couvrent une vaste étendue du territoire national. Les risques de la non satisfaction des besoins en froid ainsi que les disponibilités en eau d'irrigation complémentaire sont à prendre en considération lors de la réalisation des choix des zones et des sites.

INTRODUCTION

Le pistachier est un arbre dioïque appartenant à la famille des Anacardiaceae. L'étude monographique du genre Pistacia faite par ZOHARY (1952) montre que ce genre comprend 4 sections et 11 espèces. Pistacia vera est la seule espèce produisant des fruits comestibles (JOLEY, 1979). Il est probablement originaire d'Asie centrale (WHITEHOUSE, 1957). En 1985, la production mondiale de pistache a été de 127.000 t. L'Asie est la principale région de production, elle détient 85% de la production mondiale. Les principaux pays producteurs sont l'Iran (55%) et la Turquie (20%) (ANONYME, 1985). La pistache est riche en huile (48.3-58.3%), en protéine (19.4-28.9%) et relativement pauvre en sucre (6.1-8.4%) (BLOCH et BREKKE, 1969). La production moyenne par arbre sur une durée de 12-15 ans varie de 56.5 kg/an (poids frais) pour le cultivar "Kerman" à 11 kg pour "Red Aleppo" (JOLEY, 1979).

Au Maroc, le pistachier est présent à l'état spontané sous diverses conditions pédo-climatiques. Il se trouve représenté par des espèces sauvages et en particulier Pistacia atlantica, P. terebinthus, P. Lentiscus. L'aire du P. atlantica au Maghreb, et plus particulièrement en Algérie, a été décrite par MONJAUZE (1968). Le pistachier fruitier, bien que cultivé depuis des siècles dans la zone méditerranéenne, n'a été introduit au Maroc que vers le milieu du XXème siècle. Ces dernières années on assiste à une expansion de la culture du pistachier à travers le Maroc, répondant ainsi aux objectifs de développement des zones arides et semi-arides ainsi qu'à la préservation des sols contre l'érosion. Actuellement, la superficie plantée est estimée à 200 ha.

La présente étude a pour objet de délimiter les zones potentiellement favorables à la culture du pistachier au Maroc. Cela permettait de mettre à la disposition des horticulteurs et des planificateurs un outil facilitant le choix des sites adéquats pour la plantation de cette essence fruitière, sous réserve que les régions ne soient pas déjà utilisées de façon plus rentable.

EXIGENCES PEDOCLIMATIQUES DU PISTACHIER

Afin de permettre la levée de dormance des bourgeons il est nécessaire que les besoins en froid du pistachier soient satisfaits. Les valeurs rapportées par la littérature varient selon les cultivars et les régions. Elles sont comprises entre 200 et 1000 heures de froid < 7°C (NAHLAOUI, 1982; CRANE et IWAKIRI, 1981). Considérant qu'au Merbein et au Wagga (Australie) où des minima moyens de 3-4°C ont été enregistrés et où les besoins en froid semblent être adéquats, MAGGS (1973) a recommandé de retenir l'isotherme 5°C comme limite pour la culture du pistachier. Par ailleurs, KHELIL et KELLAL (1980) ont retenu l'isotherme 2°C pour la délimitation des zones à vocation pistachier en Algérie. Il faut noter que cette espèce supporterait des températures de -17°C (WOODROOF, 1979) à -30°C (SPINA et PENNISI, 1957). Cependant, cette espèce reste très sensible aux gelées printanières qui détruisent les fleurs (SPINA et PENNISI, 1957).

Plusieurs symptômes semblent résulter d'une insuffisance en froid chez le pistachier. En cas d'hiver doux, le symptôme prédominant consiste en un développement incomplet des feuilles et des folioles (CRANE et TAKEDA, 1979). Un retard, une irrégularité de la floraison et de la feuillaison et une apparition de noix sur les pousses de l'année ont également été rapportés en cas d'insuffisance de froid.

En Iran (Kerman), en Turquie (Gazaintep) et en Syrie (Alep) le pistachier est planté respectivement à environ 1800, 900 et 400 m d'altitude. Le pistachier se trouve également planté à 250 m d'altitude en Sicile (Palerme) et même à 100 m en Californie (Fresno). D'après EVREINOFF (1964), il semble que des altitudes comprises entre 600 et 1200 m permettent un meilleur développement du pistachier.

L'une des principales caractéristiques du pistachier est sa très grande résistance à la sécheresse (SPINA et PENNISI, 1957; WOODROOF, 1979). Cependant, la production reste étroitement liée à la quantité d'eau disponible. Au niveau des principales zones de culture où le pistachier est cultivé en sec, les pluviométries annuelles sont de 350 mm à Alep (Syrie) et de 420 mm à Gaziantep (Turquie), (JAQUY, 1972). Le Pistachier semble également pousser sous une pluviométrie de moins de 127 mm au Sud et à l'Est de l'Iran (WOODROOF, 1979) et de 200 mm à Sfax, au sud Tunisien (JAQUY, 1972). En général des cultures très rentables ne sont pas à espérer en dessous de 400 mm de précipitations si des irrigations ne sont pas mises en place sauf en cas des sols légers et de forte hygrométrie (JAQUY, 1972). KHELIL et KELLAL (1980), ont eux retenu les isohyètes 200 et 500 mm pour délimiter les zones à vocation pistachier en Algérie.

Des étés secs et chauds sont nécessaires pour la maturation des pistachiers. PECH (1953) signale qu'en Syrie (Alep) la température maximale moyenne est de 36°C, avec des exceptions si les mois de Mai et Septembre sont rigoureusement secs. Si les expositions chaudes, ensoleillées et aérées sont considérées comme indispensables à la culture de cette espèce (EVREINOFF, 1984), le Maxima moyen de température recommandé par MAGGS (1973) est de l'ordre de 32°C.

Bien que le pistachier se trouve planté sur une large gamme de sols, cette espèce est réputée être gypso-calcicole préférant des sols profonds et bien drainés (WOODROOF, 1979). Il faut également noter que le pistachier tolère des conditions de salinité (WHITEHOUSE, 1957) et peut ainsi valoriser de larges zones des régions arides et semi-arides où le problème de salinité se pose avec acuité.

Enfin, il faut retenir que les zones de culture de l'olivier et de l'amandier paraissent être favorables à la culture du pistachier (WOODROOF, 1979).

ZONES A VOCATION PISTACHIER AU MAROC

La présente étude a été réalisée dans la partie Nord du Maroc où sont représentées les principales régions naturelles du pays. Les facteurs climatiques et plus particulièrement les températures et les précipitations ont constitué les données de base qui ont servi à la délimitation des zones à vocation pistachier. L'altitude a également été retenue comme critère de séparation.

Compte tenu des exigences climatiques du pistachier, le choix des paramètres a été basé essentiellement sur la satisfaction des besoins en froid tout en assurant des étés chauds pour la maturation des fruits. En ce qui concerne les besoins en eau, les décisions sont à prendre, pour chacune des localités, non seulement en fonction des précipitations mais également selon les possibilités d'irrigation, l'hygrométrie de l'air et le type du sol. Ainsi, les critères retenus ont été les suivants:

Isothermes 2 et 4°C comme indicateurs des températures minimales moyennes des mois les plus froids.

Isothermes 30 et 36°C comme indicateurs des températures maximales moyennes des mois les plus chauds.

Isohyètes 150, 300 et 600 mm des précipitations moyennes annuelles.

Partant du principe que la satisfaction des besoins en froid est primordiale quant à la délimitation des zones à vocation pistachier, et que les autres facteurs tels que les possibilités d'irrigation et le type de sol sont à analyser ultérieurement en fonction des disponibilités, quatre zones ont été retenues sachant que les surfaces utiles sont situées entre les courbes de niveaux altitudinales: 500 et 1500 m (voir carte figure 1).

D'une façon générale, les régions à vocation Pistachier longent la chaîne montagneuse de l'Atlas. Les Zones I et II (Figure 1) semblent être les zones de premier choix pour la plantation du Pistachier étant donné les fortes chances de satisfaction des besoins en froid de cette espèce.

Cependant, les apports complémentaires d'eau restent nécessaires dans le cas des plantations au niveau de la zone II. Les zones III et IV peuvent également être considérées comme zones à Pistachier mais dans ces régions les risques d'insuffisance du nombre d'heures de froid existent. D'ailleurs, dans la région de Aïn Taoujdate, (Zone III) nous avons observé chez les Pistachiers en place, des symptômes caractérisant une insuffisance en froid. Enfin, et comme pour la zone II, la culture commerciale du Pistachier au niveau de la zone IV nécessite un apport complémentaire d'eau.

CONCLUSION

La présente étude montre que le Pistachier peut couvrir de vastes étendues de part et d'autre de la chaîne montagneuse de l'Atlas, partant du Sud-Ouest du pays et allant jusqu'aux frontières Nord du Maroc avec l'Algérie. Il est à noter que les régions de Maghnia et d'El Aouedj (Tlemecen), se trouvant à l'Est d'Oujda au Nord-Est de la frontière algéro-marocaine, et classées comme zones favorables à la culture du Pistachier par KHELIL et KELLAL (1980) répondent aux caractéristiques de la zone I délimitée dans la présente étude.

La carte établie permet de distinguer quatre zones au sein desquelles le choix doit prendre en considération les risques de la non satisfaction des besoins en froid ainsi que la disponibilité en eau d'irrigation complémentaire. Un fois que la région est considérée comme favorable, le choix définitif devra encore tenir compte des exigences pédologiques du Pistachier, à savoir des sols légers, perméables et pourvus de calcaire. Il reste à noter que le choix du matériel végétal à planter est d'une extrême importance. Ainsi, la plantation de variétés à faibles besoins en froid permettra non seulement de réduire les risques de la non satisfaction de ces besoins au niveau des zones III et IV mais également de planter à des altitudes encore plus faibles que celles retenues pour la réalisation de la présente étude et par conséquent étendra davantage les zones à vocation Pistachier au Maroc. Enfin, les eaux saumâtres peuvent également être exploitées surtout au niveau des zones II et IV où des irrigations complémentaires sont de toute façon nécessaires.

BIBLIOGRAPHIE

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ZOHARY M., 1952 - A monographical study of the genus Pistacia. Palestine Journal Bot. J. Series, 5:187-228.
 

Par Dr. A. Abousalim et E.M.  Kalli, Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II


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